A 66 ans, NGOZI Okonjo Iweala, ex-directrice générale de la banque mondiale, ex-ministre des affaires étrangères, ex-ministre des finances du Nigeria sous les présidences d’Olusegun Obasanjo et de Goodluck Jonathan, membre du conseil d’administration du réseau social Twitter depuis juillet 2018, est candidate au poste de directeur générale de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Sa candidature annoncée début juin, a ouvert la voie à un retrait de celle du béninois Eloi Laourou et suscité l’opposition de l’egyptien Abdülhamid Mamdouh.

Diplômée en économie de l’université américaine d’Harvard et de la Massachusetts Institute of Technology (MIT), Ngozi Okonjo Iweala rejoint l’équipe de la banque mondiale en 1982. Cette experte de la dette publique gravit toutes les marches et devient secrétaire du conseil d’administration avant de passer directrice générale à la fin des années 2000. Suite à son échec à prendre la présidence de cette institution, elle retourne au Nigeria en qualité de ministre des finances. On se souvient de son engagement dans la lutte contre la corruption. Cela lui revaudra d’être rappelée par le président Goodluck Jonathan comme ministre des finances. Courant juillet 2018, elle est nommée au conseil d’administration du réseau social Twitter.

Ngozi dispose d’un carnet d’adresses bien fourni et d’un important réseau dinfluence outre-atlantique. Compte tenu de son CV enrichi par une longue expérience à la banque mondiale, elle se présente comme la candidate africaine la plus apte à remporter cette élection devant les poids lourds européens tels qu’Arancha González. En effet l’ex-directrice générale du Centre International du Commerce et actuel ministre des affaires étrangères de l’Espagne a été donnée pour candidate européenne à cette élection depuis le 23 mai par un magazine allemand.

Une candidature accusée d’arriver tardivement
L’annonce de la candidature de Ngozi Okonjo Iweala à la direction générale de l’OMC a suscité un élan de soutien tant au Nigeria que dans de nombreux pays africains. Jeudi 4 juin le président Muhamadu Buhari s’exprimant par son chargé de communication, Tolu Ogunlesi, avait instruit le retrait de la candidature du représentant permanent du Nigeria auprès de l’OMC, Yonov Frederick Agah. Le 5 juin dernier la présidence nigériane avait mis en branle l’appareil diplomatique national aux fins de rallier tout le continent derrière cette candidature.

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Le 12 juin, le béninois Eloi Laourou, s’est retiré de la course. Il a d’ailleurs annoncé son soutien à la candidate nigériane Ngozi. Ce retrait de candidature a été fait au téléphone par le président Patrice Talon à son homologue nigérian Muhamadu Buhari. Mais alors que la note officielle est attendue en ce début de semaine, un officiel béninois sous cape a indiqué que « nous avons étudié les candidatures, et il est clair que Ngozi Okonjo-Iweala a le meilleur profil pour l’emporter, pour que ce poste revienne enfin à l’Afrique ».

« Nous avons étudié les candidatures, et il est clair que Ngozi Okonjo-Iweala a le meilleur profil pour l’emporter, pour que ce poste revienne enfin à l’Afrique ».

Un officiel béninois

Précisons que le ralliement de l’UA à la candidature de Ngozi ne va pas tarder. Notre source bien introduite au sein de ladite institution assure que les tractations diplomatiques ont débuté depuis les premières heures de cette annonce de candidature. Plus encore, elle indique que même la République sud-africaine, d’habitude réfractaire, va faire une déclaration en faveur de l’ex-directrice de la banque mondiale dans les jours qui viennent. Notons que l’alignement explicite de l’Afrique du Sud derrière Ngozi Okonjo est l’ultime pièce qui manque au puzzle pour rallier les derniers récalcitrants africains dont le candidat égyptien Abdulhameed Mamdouh, grand inconnu du public africain et mondial.

En effet l’égyptien Abdülhamid Mamdouh s’est ouvertement opposé au motif que les candidatures devaient être déposées au plus tard le 30 novembre 2019. Et donc pour lui, seule sa candidature et celle du béninois Eloi Laourou, sont valables à ce jour.

Opposition de l’égyptien Abdülhamid Mamdouh, à la candidature de Ngozi

L’opposition égyptienne s’appuie sur le rapport de la réunion du comité ministériel des ambassadeurs. «Lors de la réunion du comité ministériel des ambassadeurs sur les candidatures qui s’est tenue le 4 juin 2020, le Bureau du conseiller juridique (OLC) a donné son avis juridique concernant la nomination par le Nigéria d’un nouveau candidat au poste de DG de l’OMC, dans lequel l’OLC a clairement souligné que – d’un point de vue juridique – une telle nomination n’est pas conforme à la décision EX.CL/Dec. du Conseil exécutif. I 090 (XXXVI), depuis la décision du conseil, avait spécifiquement approuvé les trois noms de candidats tels que présentés par le rapport du comité ministériel après avoir examiné en détail les qualifications et l’expérience professionnelle de chacun des trois candidats susmentionnés », peut-on lire clairement dans la note formulée par l’OLC et reprise par le candidat Abdülhamid Mamdouh.

Par conséquent la posture de l’OMC vis-à-vis de cette candidature risque de favoriser l’implosion de cette institution déjà mise à mal par les attaques récente des du président américain Donald Trump. Car lorsque l’Afrique aura complètement fait bloc derrière Ngozi, un rejet de sa candidature, en règle ou pas avec les délais, constituera un acte de déni de la volonté de tout un continent. Il est donc clair que la première victoire du continent sera de faire valider cette candidature, opportune, cependant tardive.

L’OMC : une organisation jamais présidée par un africain
Depuis sa création dans la ville marocaine de Marrakech, en terre africaine, il y’a 26 ans, l’OMC a eu six directeurs. Aucun africain. En cause semble-t-il, une participation marginale de l’Afrique au commerce mondial. Il faut rappeler ici que l’Afrique assure moins de 2% du commerce international.

Or avec le lancement en janvier prochain de la zone de libre échange du continent africain, laquelle implique la mise en place d’une industrie de transformation africaine, la part du continent dans le commerce mondial devrait connaître une hausse conséquente. D’où l’intérêt d’arriver à faire modifier les règles actuels du commerce international pour favoriser son entrée dans cette sphère sans laquelle tout développement se fait difficile, voire impossible .

Remarquons que jusque-là les prix des matières premières, produits principaux dans l’assiette des exportations africaines, sont fixés par les capitales occidentales, Londres, Paris, New York…

Les enjeux d’une prise de la direction de l’OMC par l’Afrique

La prise de la direction générale de l’OMC est une nécessité dictée par le lancement en cours de la zone de libre échange du continent africain. Ce marché de 1,2 milliard de consommateurs sera le plus important de la planète en termes de consommateurs. Et pour les 55 pays africains qui cumulent 2600 milliards de dollars de PIB, c’est l’occasion d’accroître le volume des échanges intra-africains. A noter que les avis d’experts divergent en ce moment concernant le pourcentage des échanges entre pays africains. Certains évoquent 10% alors que l’Union Africaine parle de 16%.

Mais présider au destin de l’OMC revêt un autre objectif, celui de ramener l’Afrique à la direction d’une institution mondiale. Puisque faut-il le rappeler, depuis le départ de Kofi Annan du poste de secrétaire général des nations Unies en 2006, l’Afrique n’a plus été à l’avant-garde des organisations internationales, à l’exception de l’OMS. Raison de plus pour le continent de faire bloc autour d’une candidature unique capable d’attirer le vote des puissances commerciales mondiales. Ngozi Okonjo Iweala, en l’espèce.

Onesiphore NEMBE

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