En tant que source de matières premières, produits et industries naissantes, l’Afrique avait besoin d’une feuille de route bien articulée et robuste pour mieux valoriser son potentiel commercial. Avec un produit intérieur brut (PIB) combiné de 2500 milliards de dollars, une population de plus d’un milliard de personnes dont plus de 50% de moins de 25 ans, le continent regorge de richesses porteuses de croissance et d’un développement inclusif et durable.


En effet, l’Afrique a le potentiel de se nourrir, de développer ses propres industries et de favoriser un environnement commercial propice aux opportunités d’affaires intra-africaines.
Quelle recette appliquer pour transformer ce potentiel en réalité et faire du commerce intra-africain un vecteur d’intégration économique continentale ?


L’adoption de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) serait la précieuse recette. En effet, la ZLECAf est une avancée majeure pour le continent. Entrée en vigueur en juillet 2019, la monumentale ZLECAf serait déjà passée à son opérationnalisation s’il n’y avait pas eu la pandémie de la COVID-19. La ZLECAf réaffirme l’engagement des nations à réaliser le commerce intra-africain et garantit un plus grand sentiment d’autosuffisance pour des biens, produits et services de qualité. Cette autosuffisance est particulièrement cruciale en période de crise comme on le constate actuellement où les approvisionnements réguliers demeurent indispensables pour sauver des vies, nourrir des populations et maintenir une activité économique génératrice d’emplois.


En quoi la ZLECAf est –elle l’affaire de tous ?
Au-delà des gains commerciaux que peut générer un accord de libre-échange de type ZLECAf, il est important d’envisager les retombées en matière de santé, d’innovation et d’éducation par exemple. Par rapport à ce dernier point et en prenant en compte l’exemple européen, le programme ERASMUS permet à des milliers d’étudiants européens d’élargir leurs horizons dans des universités européennes autres que celles des pays dont ils sont ressortissants. Ce programme est un acquis de la construction européenne bâtie aussi au départ sous un angle économique et commercial.


Pour l’Afrique, la ZLECAf devrait être aussi un sujet qui intéresse tous les citoyens du continent. C’est l’affaire de tous : décideurs politiques, régulateurs, parlementaires, négociateurs, organisations du secteur privé, micros, petites, moyennes et grandes entreprises, universitaires et société civile.


Pour que la ZLECAf puisse réussir, tout (e) africain (e) est un acteur (trice) qui a sa partition à jouer afin d’apporter d’une manière ou d’une autre sa contribution à cette initiative capitale pour la transformation structurelle du continent.
Actuellement, près de 85 pour cent des exportations africaines sont destinées à des marchés en dehors du continent, par le biais de la ZLECAf, le commerce intra-africain devrait passer de 16 pour cent à 25 pour cent d’ici 2030.


L’accent mis sur l’accroissement du commerce intra-africain stimulera les efforts d’industrialisation à travers le continent. En effet, le développement et le renforcement de chaines de valeur régionales/continentales devrait être propice à la compétitivité des entreprises, à la spécialisation, à l’amélioration de la qualité des produits et à la rationalisation des chaines de commercialisation et de distribution des produits à l’échelle africaine. Avec la ZLECAF, il faudra produire plus en Afrique et surtout ajouter davantage de la valeur sur le continent. La transformation « locale» est un élément fondamental pour accroître la montée gamme des produits africains à commercialiser, introduire des choix supplémentaires pour le consommateur africain et créer de nouvelles sources de recettes pour les entreprises et en particulier celles détenues ou gérées par des femmes, des jeunes ou des communautés vulnérables.


Qu’apporte la ZLECAf aux micros, petites et moyennes entreprises (MPME)?
Une partie intégrante de la réalisation de l’Accord repose sur la libre circulation des personnes, des biens et des services. Il y a des prérequis d’ordre politique, institutionnel et réglementaire à mettre en place. Il y a aussi une plus grande implication des acteurs économiques en particulier les micros, petites et moyennes entreprises (MPME) à assurer.


Les MPME sont les acteurs incontournables de l’opérationnalisation de la ZLECAF. Il est donc important pour elles de mieux comprendre l’Accord et ses avantages. Elles doivent s’approprier la ZLECAf et profiter du nouveau cadre pour muter, innover et accélérer leur expansion.


Qu’il s’agisse du commerce des biens ou qu’il s’agisse du commerce des services, les entreprises et start-up africaines doivent dès maintenant explorer, tester et se familiariser avec les exigences et particularités du marché africain. Elles doivent être prêtes à mieux pénétrer le marché africain. Il ne s’agit pas seulement de commercer avec son voisin immédiat dans un pays limitrophe mais avec des voisins appartenant à des sous-régions différentes. Bien évidemment, cela suppose de l’information commerciale, un meilleur accès aux financements, une mise à niveau des compétences, expertises et savoir-faire ainsi qu’un upgrade des lignes de productions (pour les produits). Cela suppose aussi des infrastructures adaptées. Tous ces ingrédients non exhaustifs sont à mettre en place de manière graduelle pour réussir la conquête du grand marché africain même si la crise de la Covid-19 nous a montré la faculté des MPME partout dans le monde et surtout en Afrique, à innover via le numérique par exemple pour continuer à offrir des prestations et maintenir des emplois.

Quels partenariats pour faciliter la mise en œuvre de la ZLECAf ?
Outre les institutions africaines qui font un travail considérable pour concrétiser la ZLECAf, plusieurs partenaires au développement joignent également leurs efforts à celles de l’Afrique pour appuyer le chantier de l’intégration régionale par le biais du commerce.


Le Centre du commerce international (ITC) est l’un de ces partenaires qui entend apporter sa modeste contribution aux actions engagées en faveur de la ZLECAF. L’action du Centre vient compléter celles déjà initiées par les institutions africaines elles-mêmes ainsi que les partenaires techniques et financiers pour accélérer la mise en œuvre effective de la ZLECAf.


Il s’agit d’appuyer les entreprises afin qu’elles puissent tirer profit des avantages offerts par la mise en place du grand marché africain. C’est dans cette perspective, qu’un guide d’affaires sur la ZLECAf à l’attention du secteur privé africain, premier bénéficiaire de l’Accord a été conçu. Le Guide explique le contenu de l’Accord afin que les opérateurs économiques démystifient son contenu.


L’ITC promeut aussi le dialogue public privé national, régional et continental structuré et fructueux en vue de refléter les vues et suggestions des MPME pour que la ZLECAf soit une réelle chance d’expansion pour elles.
En juin 2020, la Banque africaine d’import-export (AFREXIMBANK) et l’ITC ont signé un partenariat visant à développer un programme de formation sur l’exportation dans la ZLECAf. Ce programme qui dans sa phase pilote couvrira trois pays dont la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Rwanda, a pour but de sensibiliser, informer et former les entreprises à la démarche d’exportation en prenant en compte les spécificités liées à la ZLECAF.


De même, avec la Commission économique pour l’Afrique (CEA) qui appuient les pays africains au niveau de l’élaboration des stratégies nationales en vue de la mise en œuvre de la ZLECAF, l’ITC apporte une contribution technique au niveau de la sélection des chaines de valeur régionales prioritaires à promouvoir dans la ZLECAf.
En outre, sur mandat de la Commission de l’Union africaine et sur contribution de l’Union européenne, l’ITC aide à la mise en place d’un Observatoire continental du commerce pour mieux capter, mesurer et suivre le commerce intra-africain. Un outil en ligne pour les négociations est mis à la disposition des négociateurs en chef africains pour appuyer leur démarche notamment sur les concessions tarifaires à proposer.


Enfin, à travers son programme d’autonomisation économique des femmes, un appui aux organisations professionnelles féminines est également proposé afin qu’elles puissent intégrer la ZLECAF dans leurs perspectives de développement.


La pandémie de la Covid-19 a montré combien il était important de pouvoir s’approvisionner vite, à proximité et à moindre coûts. Les enseignements tirés de l’actuelle crise sanitaire seront importants à prendre en compte afin que les primo-bénéficiaires de l’Accord, le secteur privé et en particulier les MPME africaines, soient mieux préparés pour maintenir et accroître leur business dans une Afrique en mutation et pleine d’opportunités à saisir.

Par Aissatou Diallo
Administrateur principal, Afrique de l’Ouest et Océan indien
Point focal de la Zone de libre-échange continental africaine ZLECAF
Centre du commerce international (ITC), Genève. Passionnée par l’intégration régionale, convaincue par la ZLECAf et consciente du rôle du secteur privé au niveau de la transformation structurelle de l’Afrique, Aissatou Diallo est une l’une des expertes du continent sur les questions commerciales.
Elle travaille au Centre du commerce international (ITC) à Genève. L’ITC est l’agence de coopération technique conjointe des Nations Unies et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ayant pour mission d’améliorer la compétitivité des entreprises afin d’accéder à de meilleures opportunités de marchés.
Au sein du Bureau Afrique de l’ITC, elle gère le portefeuille Afrique de l’Ouest et de l’Océan indien et coordonne également les efforts de l’organisation dans le cadre de la Zone libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Juriste et économiste, Aissatou Diallo, nous livre sa perspective sur la monumentale ZLECAf.

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