FCFA, monnaie utilisée par 14 pays africains est accusé de retarder le développement économique de ces derniers.

Polémique autour du FCFA: l'Italie, un nouvel allié pour l'Afrique?

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C'était le 20 janvier dernier. Le vice-président italien, Luigi di Maio accusait alors la France de se servir du FCFA pour  recoloniser l'Afrique et cette monnaie d'être l'une des raisons de la pauvreté du continent avec ses corollaires que sont l'immigration clandestine vers les côtes européennes dont Italie est la première "victime". Décryptons ensemble ce nouveau rebondissement dans le feuilleton CFA.

Deux camps qui s'opposent sur le continent africain

Depuis quelques années sur le continent, ça grogne sur la question du Franc CFA. Deux camps de l'intelligentsia africaine s'opposent sur la question du retrait ou non des pays de la zone monétaire commune. Le FCFA faut-il le rappeler fut créer en 1945 et est toujours utilisé par 14 pays du continent et plus de 155 millions d'habitants.

Les critiques les plus virulents de la devise sont connus. Parmi eux d'éminents économistes tels que les ivoiriens Mamadou Koulibaly, actuel maire de la commune d'Azaguié en Côte d'Ivoire ou encore le Professeur Nicolas Agbohoun ou encore le sénégalais Demba Moussa Dembélé et son homologue Ousmane Sonko. L'on ne saurait omettre le macro-économiste togolais Kako Nubukpo qui récemment affirmait:" Le franc CFA, cette monnaie économiquement inefficace, politiquement illégitime, socialement inéquitable ". Enfin,  l'on pourrait également citer dans ce registre Kemi Seba, même si ce dernier n'est pas économiste. Les arguments mis le plus souvent en avant par ce camp est que le FCFA trop surévalué, car arrimé à l'Euro (une autre devise largement surévalué selon d'éminents économistes) freine l'industrialisation dans les pays de la zone et ne leur permet pas d'être compétitifs dans leurs relations commerciales avec l'Extérieur. Selon le Professeur Nicolas Agbohoun, cette monnaie aggraverait  autant le déficit de la balance des paiements de ces pays, les maintenant ainsi dans une précarité soutenue. Par ailleurs, disent-ils, le FCFA n'offre pas une marge de manœuvre confortable aux Banques centrales des pays concernés pour asseoir une politique économique adaptée aux pays de la zone notamment en matière de création monétaire et de financement des entreprises du continent. À cela, il faut ajouter entre autres le sentiment de certains africains estimant n'avoir aucun contrôle sur une monnaie fabriquée jusqu'à aujourd'hui à Chamalières en France.

Quant aux défenseurs de la devise africaine parmi lesquels l'on retrouve la plupart des dirigeants tels que les présidents Alassane Ouattara ou encore Macky Sall mais aussi l'actuel gouverneur de la BCEAO, Tiémoko Koné, ils mettent souvent en avant le gage de stabilité qu'offre la devise aux pays africains notamment en matière de contrôle de l'inflation qui il faut le reconnaitre est l'un des plus bas du continent (entre 3 et 4%). L'un des arguments qui revient le plus souvent est la relance économique ivoirienne au lendemain de la crise post électorale de 2011. Elle aurait été plus laborieuse si le FCFA ne rassurait pas les investisseurs. Autre argument de taille de ce camp est la convertibilité du FCFA qu'assure son arrimage à l'Euro.

L'Italie, un nouvel allié pour l'Afrique ?

La position des nouvelles autorités dirigeantes de l'Italie n'est pas étonnante. En effet, le pays est depuis peu dirigé par un parti anti système, xénophobe et raciste qui voit d'un mauvais œil l'afflux des immigrés clandestins à ses côtes. Mais, il convient de décrypter les arguments du vice-président italien sans tomber dans des clichés plus ou moins fondés. 
Selon Fannie Pigeaud, auteur du livre "L'arme invisible de la Françafrique", il est important de distinguer le message du messager, car les arguments mis en avant ne sont pas faux. Analysons les ensemble.

Quant à la pauvreté des pays de la zone CFA. Certes, l'on pourrait reprocher à la devise africaine trop forte de pénaliser ces pays à l'exportation. C'est un fait indéniable. Aussi, le tissu industriel demeuré embryonnaire dans ces pays depuis des lustres, trouve nombre de ses raisons dans les tares de cette monnaie. Par ailleurs, l'argument mis en avant par le camp des défenseurs de la devise commune quant aux taux de croissance est à relativiser. En effet, si l'on note que certains pays de la zone tels que la Côte d'Ivoire et le Sénégal connaissent des taux de croissance parmi les plus élevés du continent (6 à 7%), nombre de pays de l'Afrique centrale quant à eux ont toujours des taux de croissance quasi nuls.
Enfin, concernant l'immigration clandestine qui selon le vice-président italien serait l'une des conséquences des affres du FCFA, là encore il importe d'analyser les faits de plus près. La plupart des migrants clandestins africains viennent de pays tels que le Nigeria, le Soudan ou encore les pays de la corne de l'Afrique. Ces pays n'appartiennent pas à la zone CFA. Il faut cependant noter un fort accroissement des migrants clandestins issus de pays tels que le Sénégal et la Côte d'Ivoire ces dernières années. Par exemple, le flux d'immigrants ivoiriens a augmenté de 44%.
Enfin, l'Italie n'est pas le seul ni le premier pays européen à faire un procès à la France sur la question du FCFA. L'on se souvient que récemment, l'Allemagne d'Angela Merkel s'illustrait également dans ce registre.

Quelle stratégie pour les pays africains ?

Il faudrait déjà savoir ce que veulent vraiment les pays africains: sortir, rester ou réformer. La dernière option nous semble être la plus réaliste à court terme. Même s'il ne faut pas se faire d'illusions sur les véritables mobiles de l'Allemagne et plus récemment de l'Italie dans ce nouveau rôle de ‘’défenseurs de la cause africaine’’, qui eux-mêmes faut-encore le rappeler sont d’anciennes puissances colonisatrices de pays du continent, il est sûrement temps à défaut de sortir de la zone de la réformer. Et dans ce cas, les pays africains notamment les opposants au FCFA pourraient jouer sur ce nouveau vent qui souffle sur le continent pour avancer leurs pions. Ils pourraient par exemple saisir la perche que leur tendent ces nouveaux "alliés" pour définir des réformes pertinentes à apporter à la zone. Il est en effet évident aujourd'hui que les nouvelles ambitions affichées par les pays du continent, parmi eux nombre de pays de la zone, ne peut plus s'accommoder des lourdeurs qu'impose cette monnaie à ces pays.

Michée Daré



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