Mr Mahaman Laouan GAYA, Secrétaire Général de l'Organisation des Producteurs de Pétrole Africains

Afrique : Les «Coalitions Énergétiques» pour développer le pétrole et l’énergie

énergie


Dans cette interview, le Secrétaire Général de l'Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO), Mahaman Laouan GAYA, nous parle de «Coalitions Énergétiques », une nouvelle approche qui devrait favoriser le développement du secteur pétrolier et de l’énergie en Afrique. 

 

Monsieur le Secrétaire Général, Vous venez de prendre part à Capetown en Afrique du Sud à la conférence annuelle d’Africa Oil & Power. Que peut-on retenir de cette conférence ? 

Il convient d’abord de préciser que ‘’Africa Oil & Power’’ (AOP) est une plateforme consacrée aux discussions sur le pétrole et l’énergie, à la promotion de la politique énergétique et au développement des investissements dans les industries énergétiques et pétrolières en Afrique. L’édition 2018 de cette conférence de l’AOP, qui vient de se tenir à Capetown, en Afrique du Sud a eu pour thème les ‘’coalitions énergétiques’’ dont les présentations et débats se sont concentrés sur la meilleure façon de faire avancer les secteurs énergétiques en Afrique, par le biais de coalitions énergétiques. Dans le contexte actuel, nous pensons que la création de coalitions d’un autre genre peut transformer le secteur pétrolier et énergétique ; facteur indispensable pour le développement économique et social de nos pays. Le panel sur les ‘’Coalitions énergétiques’’ qui a réuni les Secrétaires Généraux de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), du Forum International de l’Energie (FIE), de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO) et du Forum des Pays Exportateurs de Gaz (GECF) a été le point d’orgue de la conférence. Ceux-ci ont plus porté sur le rôle croissant de l’Afrique dans l’OPEP, le FIE et le GECF, le rôle que doit désormais jouer l’APPO sur l’échiquier pétrolier mondial, les missions de l’OPEP et de l’APPO dans la coordination des besoins futurs des marchés pétroliers africain et international,...

 

En tant que Secrétaire Général de l’APPO, quelle est votre appréciation de «Coalitions Energétiques » pour l’Afrique ?

Je me réjouis que « Africa Oil & Power» ait réussi à rassembler au cours de la présente conférence les premiers responsables de l’OPEP, du FIE, du GECF et de l’APPO autour de cette thématique. Il y a lieu de rappeler que le débat sur les ‘’Coalitions Energétiques’’ date de longtemps et c’est le contexte énergétique et pétrolier mondial actuel qui l’a ramené sur le devant de la scène. D’ailleurs la réforme entreprise depuis 2015 de l’APPO avec une nouvelle gouvernance rentre entre autres dans cette dynamique. Je vois en ce concept de ‘’Coalitions Energétiques’’ un sous-système d’un système plus global que je qualifierai de ‘’Coalitions Socio-Economiques’’. C’est dans cette logique que je situe et salue la naissance de la Zone de Libre-Echange Continentale (ZLEC) ; un projet qui est une occasion pour réduire la marginalisation de l’Afrique dans le commerce mondial et accroître significativement les échanges et le commerce intra africains. L’APPO entend entreprendre une étude sur la réalisation de marchés physiques (régionaux et continental) de pétrole brut et de produits pétroliers afin de jeter les bases d'une stratégie commune d'approvisionnement en hydrocarbures et une sécurisation énergétique de nos pays. Ce projet s'inscrit dans le cadre du 9ème Programme d'Action de l'APPO (2018-2023) et rentre parfaitement dans la dynamique de la ZLEC. C’est une initiative qui doit être encouragée et soutenue. Aussi, j'ose espérer qu'après la création de ce marché physique, nous pourrons migrer vers sa financiarisation, avec la création d’une bourse de valeurs mobilières à l’échelle continentale pour la cotation des pétroles africains. Pris isolément, les pays africains sont incapables de se battre contre le capital pétrolier international. Il nous faut donc un cadre doté d’un vrai dispositif d’intelligence économique et stratégique ; et c’est le rôle qu’entend jouer l’APPO avec les organisations sœurs dans le cadre des futures ‘’Coalitions Energétiques’’.

 

Quel est l’avenir de l’industrie pétrolière en Afrique ?

Mahaman Laouan Gaya : Quand vous faites un survol de la géographie pétrolière du monde, l’on se rend compte que certaines régions (Amérique du Nord, pays du Proche et Moyen-Orient, Mer du Nord,...) jadis pionnières de la production pétrolière sont aujourd’hui soit dans la phase de déplétion, soit dans celle de l’exploitation des hydrocarbures dits non-conventionnels (gaz et pétrole de schiste,…). En Afrique par contre, ce sont donc à peine quatre (4) pays qui ont commencé une modeste exploitation dans les années 60. Aujourd’hui, environ 20 pays sont identifiés comme producteurs de pétrole (les 18 pays membres de l’APPO, le Soudan du Sud et la Tunisie) et une trentaine d’autres mènent des opérations de prospection et de recherche. Des bassins offshore et onshore, tant au large de l’Afrique de l’Est, de la partie africaine de l’océan indien, de l’Afrique de l’Ouest, que des pays de l’hinterland sont peu explorés et présentent de très bonnes perspectives (ils sont situés pour l’essentiel en Tunisie, Maroc, Mozambique, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Sénégal, Sao-Tomé et Principe, Niger, Mali, Madagascar, Comores,…). Le continent dispose de plus de 13% de réserves mondiales d’hydrocarbures (même si les statistiques occidentales tendent à sous-estimer et dévaloriser le potentiel du continent noir), et mieux, ces 15 dernières années, 1/3 des découvertes de pétrole dans le monde l’ont été en Afrique. Il n’y a l’ombre d’aucun doute que le potentiel en hydrocarbures africain est là et peut rivaliser avec celui de n’importe quelle autre région du monde. Cela m’amène d’ailleurs à affirmer que si l'Afrique devait être considérée comme un seul producteur, il est certain que notre continent défiera l'Arabie Saoudite, la Russie et les États-Unis. Il faut pour ce faire, mettre fin à la désunion et à l’hyper balkanisation qui caractérisent l’Afrique aujourd’hui et promouvoir davantage son intégration. Quoi qu’il en soit, le potentiel est là et dans les années à venir, croyez-moi, l’Afrique réservera de très grandes surprises dans le secteur des hydrocarbures.

Propos recueillis par Ibrahim Souleymane



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