Sarr Alioune, gérant d’un restaurant sénégalais à la médina de Casablanca depuis 2005

L’Union Européenne principal soutien financier à la nouvelle politique migratoire du Royaume Chérifien.

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Arrivé au Maroc en décembre 2004 pour des vacances, Sarr Alioune, sénégalais, la quarantaine, père de 7 enfants dont deux nés au Maroc, s’est installé non sans difficultés dans la ville de Casablanca. Aujourd’hui il emploie cinq ex-candidats à l’immigration irrégulière en Europe dans son restaurant situé à la médina de Casablanca. Retour sur ce parcours atypique.

Gérant d’un restaurant sénégalais à la médina de Casablanca, Sarr Alioune n’a pas commencé sa vie au Royaume du Maroc au sommet.

A son arrivée en décembre 2004, ce sénégalais de quarante ans passés espérait repartir après 30 jours de vacances, mais le destin avait décidé autrement.

Tout commence avec la rencontre entre Sarr et Rachid Soie, un marocain résident dans cette ville de Casablanca. « C’est lui qui nous a intégré dans son commerce » confie-t-il reconnaissant. Et cette « bonne collaboration m’a permis de commencer à envoyer la marchandise au Sénégal [des djellabas ndlr] ». Cette relation de confiance a permis à Alioune de développer son commerce. En 2005, à l’arrivée de sa femme au Maroc, Sarr vient d’être régularisé. Il se souvient que c’est en ce moment qu’ils ont « commencé à avoir de l’argent pour nourrir la famille au Sénégal »

Malgré l’existence de plusieurs associations d’aide aux migrants, Alioune dit ne pas avoir eu d’information sur d’éventuels dispositifs d’accompagnement dans son installation. Ce père de famille a réussi à scolariser 4 de ses 7 enfants au Maroc, les trois autres étant restés au Sénégal.

Alioune n’a pas bénéficié d’appui même lorsque ses deux enfants, Souad et Otman, nés respectivement en 2005 et 2009 [nés à Casablanca ndlr], ont eu besoin d’aller dans des écoles marocaines. L’inscription dans des écoles privées marocaines fut difficile mais Sarr y est parvenu.  Et aujourd’hui Souad et Otman parlent couramment l’arabe, évoluent bien à l’école et ils ont des copains marocains.

Sarr appelle le Maroc sa « deuxième patrie ». Il emploie 5 sénégalais, soit deux femmes et trois hommes, tous venus pour traverser vers l’Europe. C’est donc 15 000 Dh qu’il débourse mensuellement pour le salaire de ses employés. Précisons que ces derniers ont tous été régularisés lors des deux campagnes de régularisation initiées par le Maroc en 2014 et 2017. Sa clientèle est cosmopolite ; avec des sénégalais, d’autres peuples originaires d’Afrique subsaharienne et même des marocains de l’étranger qui connaissent la cuisine sénégalaise.


Chiffres des migrants régularisés au cours des campagnes 2014 et 2017

« Je me sens bien intégré au Maroc parce que je travaille bien avec les marocains, je parle un peu l’arabe [le darija ou langue locale proche de l’arabe ndlr]…nous avons des voisins restaurateurs qui sont très gentils et très compréhensifs, je suis fiers de mes voisins » indique Sarr.

Et ses voisins ne sont pas moins fiers de sa présence. Lahssne Sahhrawi, un marocain qui exploite une boutique de souvenirs à un mètre du restaurant de Sarr assure que « Ali [Ali ou Alioune ndlr] c’est bien, c’est gentil, tout se passe très bien entre nous ».

Mais la situation de Sarr n‘est pas celle des autres migrants éparpillé de cette médina. La plupart sont régularisés et sans emplois. A toutes les entrées, des femmes debout proposent aux passants des services de manucure, pédicure, coiffure. Assises au bord de la route, certaines s’activent dans la vente des produits de beauté importés de Côte d’Ivoire ou du Sénégal. Certaines échoppes de migrants voisinent avec celles des marocains. Outre le darija, le wolof [langue parlée au Sénégal ndlr] et d’autres langues africaines sont entendues des passants. Vous l’aurez compris, pour certains migrants le désœuvrement et l’ennui sont à leur comble. Et l’intégration piétine !


 

Beaucoup reste à faire pour l’intégration…

Franck Iyanga, le secrétaire général de l’organisation démocratique du travail immigré (ODTI) précise qu’ « il y’a des avancées significatives dans la mesure où on a pu régulariser les migrants, mais concernant l’intégration beaucoup reste à faire ». Pour rappel, une frange importante des migrants en cours d’intégration travaille dans les centres d’appels. Pas besoin de formation, seule compte la maîtrise de la langue française. Pourtant dans le texte de la stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA) adopté le 18 décembre 2014, les engagements entre autres, de former les migrants, leur offrir un accès aux soins de santé au même titre que les nationaux, un accès au logement y compris à l’acquisition, ou de permettre leur inscription dans les établissements publics marocains, avaient été pris. Or seul ce dernier a été rempli dûment à ce jour.