L’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, Albert Zeufack

La Banque Mondiale révise les chiffres de la croissance 2018 pour la région Afrique subsaharienne

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Dans le rapport Africa’s Pulse publié début octobre, la banque mondiale vient de revoir ses prévisions de croissance pour l’Afrique subsaharienne de 0,4%. Albert Zeufack, économiste en chef pour l’Afrique revient sur les facteurs de cette révision, entre autres, le modeste rendement des trois grandes économies de cette sous-région et le faible rendement des entreprises et des travailleurs.

Le rapport semestriel Africa’s Pulse de la banque mondiale publié début octobre vient préciser la situation de l’économie africaine. Certes, la croissance est au rendez-vous, mais les chiffres avancés en avril dernier ont été revus à la baisse. C’est un recul de 0,4 point qui a été annoncé. A noter qu’en 2017 la croissance moyenne en Afrique subsaharienne était de 2,3%, cette année 2018 elle sera de l’ordre de 2,7% contrairement aux 3,1% annoncés six mois en arrière.

Entre autres causes le modeste rendement des trois grandes économies de cette sous-région, notamment le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud. La baisse de la production pétrolière pour les deux premiers a réduit de façon substantielle les recettes. L’Afrique du Sud quant à elle traverse une période de baisse de la consommation des ménages. Avec un nombre assez impressionnant de malversations financières pendantes, un chef d’Etat débarqué avant la fin du mandat, des banques qui font faillite à cause de crédits octroyés gracieusement à des haut représentants de l’Etat y compris l’ancien président de la République, Jacob Zuma, Pretoria patauge dans sa propre boue. L’Angola pour sa part peine à se remettre après le recul des prix du pétrole fin 2014. Et la nouvelle rechute ne prévient pas d’un retour de Luanda à sa croissance de la première décennie du 21è siècle. Reste à espérer que la hausse des prix en 2019 soit effective. Même visage au Nigeria à la différence que ce pays continue de se doter d’infrastructures énergétiques capables de soutenir le train de sa croissance. La construction de la raffinerie Aliko Dangote ainsi que les efforts dans la lutte contre une corruption endémique, présagent un bel avenir tant pour Abuja que pour les pays voisins fortement dépendant sur le plan économique et énergétique. Il faut rappeler les efforts des autorités nigérianes dans l’amélioration du doing business et qui leur ont permis de se positionner dans le classement des dix pays dans le monde les plus réformateurs dans ce sens en 2018. Les deux autres pays africains étant le Malawi et la Zambie.

D’autres pays de la sous-région Afrique Centrale en proie à de graves difficultés financières du fait de la conjoncture induite par la baisse des prix du pétrole, sont en parties responsables de ce recul des prévisions de la croissance en 2018. Certains apparaissent à la queue du classement doing business ; cas de la Centrafrique à la 184e place ou du Congo démocratique qui arrive à la 182e place. Le marché des minerais dans ces pays reste le principal moyen de croissance de l’économie nationale dans un contexte ou la plus-value est à chercher dans la transformation locale de ses minerais.

Des pays qui s’en sortent bien

On note quand même une activité économique solide dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Kenya et le Rwanda sur fond de bonne gouvernance mais aussi d’une activité agricole importante et d’un secteur des services dynamique. C’est sans oublier la consommation des ménages et l’investissement public en hausse dans certains de ces pays. Il faut tout de même souligner le fait que la culture du doing business dans ces pays commence à prendre forme et ils apparaissent d’ailleurs en tête dans le classement mondial. Le Rwanda vient au 41e rang tandis que le Kenya se positionne au 80e.

Un appel à des investissements qui créent l’emploi

Jusque-là la croissance africaine n’a pas rimé avec la création des emplois. En cause celle-ci se concentre sur des secteurs à faible taux de création d’emplois, cas des infrastructures. En 2016, au plus fort du rachitisme économique qu’a connu les pays pétroliers d’Afrique, on estime à 62,5 milliards $ le volume de capital investi dans les infrastructures en Afrique subsaharienne.

La banque mondiale appelle de ce fait à une diversification des investissements en vue de créer les emplois. Précisant l’urgence d’améliorer le rendement des entreprises et des travailleurs, ce qui passe par une révision des conditions de travail et par un investissement dans la formation du personnel, le rapport indique que « le capital humain joue un rôle important en tant que moteur de la croissance économique… Le capital humain peut également faciliter l’adoption de technologies supérieures provenant des pays « producteurs d’idées» ou renforcer la capacité à développer de nouvelles technologies ». Cette amélioration de la formation de la main d’œuvre africaine est demandée à un moment où certains pays intègrent dans leurs processus d’industrialisation des secteurs de pointe tels que l’aéronautique et ou le secteur automobile. Autant de secteurs qui exigent une précision chirurgicale de la main d’œuvre. Certains investisseurs sont à la recherche d’une main d’œuvre qualifiée, d’un environnement propice aux affaires et des charges salariales plus ou moins profitables à leurs investissements. Un climat semblable à celui que la Chine offrait au début des années 1970 et qui a permis à ce pays de devenir l’usine du monde. Le résultat est connu : plus de 700 millions de chinois sont sortis de la pauvreté au cours des quatre dernières décennies.

Economiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, Albert Zeufack, suggère que « pour accélérer et soutenir une dynamique de croissance inclusive, les responsables politiques doivent continuer de donner la priorité aux investissements qui privilégient le capital humain, limitent les risques de mauvaise allocation des ressources de l’État et stimulent la productivité ». Ce camerounais indique que les Etats « doivent par ailleurs se donner les moyens de gérer les nouveaux risques découlant de la modification de la composition des flux de capitaux et de la dette. »

Mettre le cap sur la transformation des matières premières

 Au niveau mondial l’activité industrielle connait un relatif essoufflement, pas seulement elle, à côté ce sont de nombreux métaux qui ont connu une réduction importante du prix de leur minerai. L’augmentation attendue des prix du pétrole en 2019 ne saurait à elle seule permettre à l’Afrique de mettre le cap sur un développement soutenu et durable. Puisque le rapport met en garde contre le volume de la dette publique dans certains pays, le plus dur étant sa viabilité dans un contexte d’affaiblissement des monnaies et de la hausse des taux d’intérêt associée à la modification de la composition de la dette. Devant la hausse de la valeur de la devise américaine, les dettes libellées en dollars inquiètent le plus précisent les spécialiste de l’institution de Breton Wood.


Usine de traitement et de transformation des fèves de cacao de Kékem, Cameroun. Seule la transformation aidera le continent

De ce fait il faut aller vers la transformation des matières premières question de rentrer désormais dans le partage des dividendes y liées et d’arriver à influencer l’économie mondiale. Pour s’y faire le conseil est donné de prendre en compte les aspects culturels des marchés à adressés. Une amélioration de l’offre s’impose donc aux fins de rendre la production africaine compétitive.

A titre de conclusion Cesar Calderon, économiste principal et auteur principal du rapport, indique que « les réformes devraient notamment englober des politiques qui encouragent les investissements dans des secteurs autres que celui des ressources, créent des emplois et améliorent le rendement des entreprises et des travailleurs ».



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