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Afrique : L’intégration régionale et la création d’emplois pour garantir la croissance à l’avenir

économie


La « easy decade », décennie au cours de laquelle la croissance des économies africaines s’est faite sans création d’emplois, est passée. Pour le Professeur Paul Collier et les autres experts réunis le 3 décembre dernier à Kigali au Rwanda, l’accélération de l’intégration ainsi que la création d’emplois sont désormais les seuls facteurs susceptibles de garantir une croissance soutenue aux pays africains.

 

« Les 10 années de l'Afrique sont révolues ; mais la dernière décennie de croissance africaine n'était pas durable. Maintenant, l'Afrique doit se concentrer sur sa grande ressource – sa jeunesse. Aucun autre continent n'a autant à offrir que l'afflux de jeunes travailleurs. Les emplois productifs sont la priorité » déclare le professeur Paul Collier. Présent à l'édition 2018 de la Conférence économique africaine, organisée par la Banque africaine de développement, la Commission économique pour l'Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement, à Kigali, au Rwanda, cet éminent enseignant d'économie et de politique publique à la Blavatnik School of Government de l'Université d'Oxford appelle à placer la jeunesse au centre de toutes les attentions désormais. Et la création d’emplois qu’il insinue, ne peut être portée par la jeunesse, celle-ci ne disposant pas des moyens financiers de cette politique. Les Etats doivent de ce fait s’investir plus pour faire de cette force jeune, un moyen de sortir le continent du sous-développement.

L’implication de la jeunesse dans les startups depuis quelques temps constitue un axe de cette création d’emplois mais le gros du travail échoit aux autorités gouvernementales. Paul Collier indique à cet effet que « les jeunes ne peuvent pas créer d'emplois prioritaires par eux-mêmes. Ces emplois doivent être créés. La principale tâche des décideurs politiques en Afrique au cours de la prochaine décennie est donc de créer des emplois productifs pour les jeunes à un rythme jamais vu auparavant ».

La décennie de croissance sur la base des matières premières est passée. Depuis fin 2014 les prix des différentes matières premières ont dégringolé et les efforts pour les ramener aux niveaux d’avant se révèlent improductifs. Le recul ces deux derniers mois du prix du baril au-dessous de 50$ vient de plomber les prévisions budgétaires dans de nombreux pays producteurs. Tout porte à croire que la croissance est en train de se déplacer des matières premières vers le savoir-faire, la valeur ajoutée par travailleur ainsi que la capacité de transformer soi-même ses matières premières.

Il faut penser à améliorer le marché continental lancé en mars dernier. Là-dessus Collier précise que « Les petits pays sont condamnés à la pauvreté s'ils ne disposent pas de marchés ouverts et de sociétés libres… La Zone de libre-échange continentale africaine est donc un pas en avant très important ». Précisons toutefois que la ZLECA reste limitée par la survivance des barrières douanières, le manque d’infrastructures de transport entre Etats africains et la lourdeur administrative. Or d’après les prévisions la Zone de libre-échange continentale stimulera les échanges intra-africains de près de 35 milliards de dollars par an d’ici 2022 avec une augmentation de 52% des échanges à cet horizon et à une réduction vitale de 10 milliards de dollars des importations en Afrique. Du coup la mise en place d’un cadre propice à cette zone devrait être au premier plan. Outre mesure la création d’emplois prioritaires pour les jeunes va permettre l’augmentation de la production en l’absence d’un marché. Les deux chantiers doivent aller de pair croit-on.

En attendant de voir la naissance des guichets uniques aux frontières et la diminution du volume des documents exigés pour le passage des marchandises, le Professeur Ademola Oyejide, Professeur émérite d'économie à l'Université d'Ibadan et Président du Centre pour le commerce et les initiatives de développement, appelle à ne pas « détruire les Communautés économiques régionales par le protectionnisme et les obstacles inutiles au commerce. En tant que dirigeants africains, nous ne sommes pas en train de concevoir des programmes régionaux théoriques : nous attendons de réels progrès des blocs régionaux ».

Onésiphore Nembe



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