Photo de Karim Ejjaoui

VISA FOR MUSIC 2018 à Rabat, 5ème édition. SPÉCIAL CULTURE

économie


Le fondateur et organisateur de VISA FOR MUSIC, Brahim Mazned, a le mérite d’avoir créé au Maroc la seule plateforme de rencontres d’artistes et de professionnels de la musique.

Cette 5ème édition, qui s’est déroulée du 21 au 24 novembre 2018, a été marquée par la présence d’importants acteurs culturels venus du Sénégal, du Gabon, du Cameroun et de Côte d’Ivoire avec la présence entre autres à l’inauguration  du directeur du MASA d’Abidjan accompagné du Ministre de la Culture de Côte d’Ivoire. Cette présence des pays d’Afrique de l’ouest marque la vitalité des partenariats culturels avec la Maroc créés par Visa for Music. Au grand bonheur du public marocain et international, de nombreux artistes sont venus se produire sur les scènes de la salle de la Renaissance et la salle Bahnini mais cette année aussi dans le décor enchanteur du Palais Tazi et de son jardin qui abritait également de nombreux stands de présentation de professionnels et d’artistes internationaux. Il y eut un tourbillon de formations musicales qui faisaient la part belle aux talentueuses chanteuses et musiciennes à la fois du Maroc, comme l’étoile montante Asmaa Hamzaoui, une des rares solistes féminines au guembri, mais aussi Lornoar du Cameroun, qui chante dans sa langue maternelle (eton) des textes engagés sur la place des femmes dans la société. Elle faisait écho à un groupe de femmes venues de Martinique et de Guadeloupe, Moov’, les djoke, c’est à dire des femmes fortes qui affirment leur rôle d’artiste et qui nous ont fait découvrir les rythmes et les chants des Caraïbes, la Réunion était également présente avec le duo Pigment et la chanteuse Kaloune. Des artistes du Cap Vert, de la République Démocratique du Congo, de Guinée Conakry, du Burkina Fasso, du Tchad et d’’Afrique du Sud ont complété ce rendez-vous musical avec le continent africain.

 

VISA FOR MUSIC offre également une note d’originalité avec des artistes venus de Hongrie et d’Iran mais aussi du Canada en étant originaires du Sénégal (Ilam) ou d’Haïti (Wesli Band). Certains voyages musicaux sont imprévisibles comme celui où nous a entrainé le groupe de fusion Maroc-Corée du Sud  (Omar &The Eastern Power) ou le trio fulgurant d’Achille Outara, le bassiste chanteur et compositeur burkinabé accompagné d’un violoniste au jeu très créatif, un trio soutenu par un batteur inventif.

La musique arabe était à l’honneur avec l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, la Palestine et bien entendu le Maroc avec une palette de jeunes artistes qui proposent des sonorités authentiques et des projets de fusion.

 

VISA FOR MUSIC c ‘est aussi un forum de réflexion sur la propriété intellectuelle, le rôle des médias musicaux d’Afrique, du Moyen Orient et d’Europe, le management culturel, le marketing de projets musicaux. L’institut Cervantes de Rabat  a proposé une conférence sur les femmes–artistes en Afrique et au Moyen-Orient animée par Kholoud Saghir de l’Association Re-Orient, avec un panel réunissant une artiste marocaine Nabila Maan, camerounaise Lornoar, suédoise originaire d’Irak Nadin Al Khalidi, et la coordinatrice du programme Escale Bantoo, Nathalie Njoya. Ce fut l’occasion d’un échange fort intéressant sur la place revendiquée par les femmes sur scène et dans l’industrie musicale en présence de journalistes internationaux, de chercheurs et d’universitaires. Il faut saluer l’ouverture à la communication de l’Institut Cervantes avec une conférence en anglais et en français pour le partage des informations.

 

En l’absence d’une industrie de la musique, VISA FOR MUSIC est un événement indispensable aux artistes marocains et à la continuation des partenariats culturels sud-sud. Or cette cinquième édition a été marquée par une implication très frileuse du Ministère de la Culture et de la Communication par rapport aux subventions accordées et au soutien logistique de l’événement en n’offrant pas par exemple l’accès habituel au théâtre Mohammed V, remplacé par la scène de piètre qualité de la discothèque Amnésia pour un certain nombre de musiciens et notamment le groupe Wesli Band du Canada, qui venait d’effectuer une tournée marocaine de Tanger à Khenifra en préambule au concert de Rabat.

 

Selon un des musiciens marocains, cette 5ème édition a été sauvée in extremis par le dévouement et la passion pour la musique de la part de l’équipe organisatrice et des bénévoles comme le photographe Karim Ejjaoui auteur de certaines photographies de VFM. Souhaitons que VISA FOR MUSIC soit reconduit l’année prochaine sous de meilleurs auspices pour le rayonnement international du talent des jeunes artistes marocains.

 

Rita Stirn-Wagner

Auteure de Musiciennes du Maroc, éditions Marsam, Rabat.



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