SCENE DU FESTIVAL TARAGALTE 2018 à M’Hamid El Ghizlane

FESTIVAL TARAGALTE 2018 à M’Hamid El Ghizlane (Spéciale culture)

économie


A M’Hamid El Ghizlane, la route goudronnée s’arrête depuis longtemps au Café « Le Petit Prince ». Or cette année, le festival Taragalte a choisi pour thème le célèbre personnage de ce livre et son auteur, Antoine de Sant Exupéry, pilote, chef mécanicien, et poète qui a trouvé son inspiration dans le désert lorsqu’il était chef d’escale à Tarfaya, sur la côte du Sahara atlantique. Le film de Thierry Spas de l’Association les Amis de Saint Exupéry, Un Pont sur le Sahara, lui a rendu hommage. 

Au bivouac de l’accueil des festivaliers, des panneaux affichaient la biographie de l’aviateur héroïque de l’Aéropostale et des citations de « Saint Ex » à méditer dans les dunes comme par exemple : « L’impossible recule toujours quand on marche vers lui » ou « les enfants seuls savent ce qu’ils cherchent ».

Arriver dans les dunes après avoir quitté la route pour rouler dans le sable peut réserver des surprises à certains conducteurs et conductrices, mais c’est un moment d’émerveillement pour les festivaliers arrivés de l’étranger, ou venus courageusement en stop de Casablanca ! La vue de la scène au milieu des dunes fait naître le désir de connaître des moments d’exception en musique.

Ouverture de la 9ème édition le vendredi 26 octobre en présence des personnalités officielles et de 30 nationalités représentées à ce festival. La soirée nous révèle un groupe touareg avec djembé et water drum, puis Moha Mellal, artiste et chanteur amazigh un peu loin du public en raison de l’espace réservé aux médias au début des concerts. Défilé de belles photos de la 8ème éditions pour se remémorer les grands moments du festival de l’année dernière. La Caravane culturelle en lien avec le festival sur le Niger de Ségou nous fait découvrir les six musiciens du groupe malien Korè Yelem avec son chanteur en tenue en tissu blanc brodé, Gaoussou Diao, accompagné de Jacques Sagara à la batterie, de Félix Samba Dembelé au synthétiseur, de Douda Dembelé à la basse et de Omar au ngoni sans oublier le lead guitare Sidi Dembelé qui nous a gratifiés de beaux solos. L’originalité du groupe réside dans ses compositions qui alternent les mélodies traditionnelles du chanteur et les 9 cordes mélodieuses du ngoni et avec des rifs puissants au synthétiseur. Le répertoire célèbre l’amour et la paix des peuples et des cœurs. Le public découvre ce groupe prometteur et participe activement à l’ambiance et au dialogue plein d’humour proposé par le chanteur qui explique que le zouk mandingue « ne se fait pas tout seul ». Cette passerelle pour Ségou grâce à son Centre Culturel Korè et au festival sur le Niger semble s’inscrire dans une belle continuité d’une année à l’autre.

Mnat Aïchata de Guelmim, en drapé jaune d’or a ouvert la soirée du samedi 27 octobre entourée de cinq choristes, trois hommes et deux femmes pour un chant responsoriel mais aussi des danses au masculin et au féminin dans des tenues traditionnelles sahraouies. Elle a été suivie par Hamid Akawel du Niger, leader du groupe à la guitare acoustique, accompagné d’un djembé, d’une basse électrique et de krakab. Hamid Akawel nous dit qu’il « a déjà beaucoup fait » et que c’est à la jeunesse de prendre la relève qui semble assurée avec Majdou, le jeune musicien à la guitare. Afous Dafous, le groupe dont le nom signifie « main dans la main » est connu du public local car déjà programmé au Festival International des Nomades.  La soirée du samedi se prolonge avec un groupe venu de France (clavier, batterie, kora, violon et deux choristes), Lo Jo, dont le répertoire est en français et en anglais avec des titres comme Phonetic Flowers interprété par le chanteur qui est aussi aux claviers et dont les compositions sont quelque peu pompeuses dans la formulation. Mais la perle du groupe est la multi-instrumentiste et chanteuse qui joue de la kora, du triangle et de la percussion et qui a bluffé le public par sa danse très personnelle mais clairement ancrée dans la tradition du Maghreb avec ses tournoiements de gnawiya ; elle a été  chaudement applaudie par le public. Dommage que ni le chanteur, ni le présentateur n’aient donné le nom des membres de ce groupe au public.

Quel est le point commun entre la navigation dans le désert et l’aviation ? La météo ! Ce fut l’invité-surprise qui s’est imposé au festival au cours de ces trois jours avec la pluie, le froid et le vent de sable. Cette 9ème édition s’est avérée plus difficile à organiser que les précédentes en raison des imprévus météorologiques. Ce fut notamment palpable pour le concert du groupe Tinariwen tant attendu par les festivaliers. Il a fallu attendre que le vent de sable se calme vers 22 heures et finalement le groupe a donné un concert quasi confidentiel à l’abri d’une tente vu que la grande scène en plein air n’était plus envisageable, mais le coeur y était pour tous les irréductibles et fans inconditionnels de ce groupe devenu mythique.

Taragalte 2018 n’aura pas été un festival sous les étoiles mais les stars de la musique et la poésie du désert étaient bien parmi nous. Nous souhaitons bonne chance aux organisateurs pour la 10ème édition en 2019 et qu’ils nous fassent découvrir d’autres monodias musicales à l’instar de la monodia, cette fleur rare du désert découverte par Théodore Monod.

 

Rita Stirn-Wagner

Auteure de Musiciennes du Maroc,Ed. Marsam, Rabat 2017.

 



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