Mohamed VI lors de l'inauguration du plus haut pont du Maghreb

Mohammed VI : L’atypie ou la continuité

économie


Il n’a ressemblé ni à Hassan II, ni à aucun autre monarque avant lui. Du haut de son trône, Mohammed ben El-Hassan Alaoui dirige le royaume autrement, depuis le bout d’un chemin tracé par son père, autrefois.

A 54 ans, le roi du Maroc venait de subir une opération du cœur à Paris en France. Mohammed VI s’y est rendu en février 2018, à la suite d’un trouble du rythme cardiaque. Mais depuis le 26 du même mois, tout est rentré dans l’ordre. Le fils d’Hassan II et de Lalla Latifa « va bien ». Le prince héritier Moulay El Hassan et la princesse Lalla Khadija peuvent s’en réjouir.

2018. Une année qui consacre les 19 ans de règne de celui qui est né un 21 août 1963 dans la ville de Rabat au Maroc et qui a épousé un 21 mars 2002 la nommée Salma Bennani, à qui il accordait alors le titre de princesse avec le prédicat d'Altesse Royale.

Son arbre généalogique, qui trouve ses racines dans la dynastie alaouite, le prédestinait à devenir le 23ème monarque de cette lignée et le 3ème à assumer les fonctions de roi. Une donne en vigueur depuis le 23 juillet 1999, date de sa consécration. Son père l’aura longtemps préparé à cela.


Parcours d’un héritier royal

C’est au Collègue royal de Rabat que Mohammed VI, 17 ans, achève ses études secondaires entamées huit ans plus tôt. Avec en poche son baccalauréat obtenu en 1981, il va embrasser le droit à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de sa ville natale pour finalement obtenir sa licence en 1985. Son sujet de mémoire (l'Union arabo-africaine et la stratégie du royaume du Maroc en matière de relations internationales, Ndlr) va trahir son intérêt pour la politique mais aussi la géopolitique.

Longtemps avant cette date, l’héritier aura déjà eu plusieurs occasions de poser des actes politiques. Mohammed VI est âgé de seulement 10 ans lorsqu’il effectue sa première mission officielle à l’étranger. Le 06 avril 1974, il est appelé à représenter son père aux obsèques du président français Georges Pompidou (même scénario pour les obsèques de l’empereur Hirohito du Japon en 1989, Ndlr). Six ans après, il reprend les airs. Mohammed VI est alors porteur de messages personnels du roi Hassan II auprès des présidents africains Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Ahmed Sékou Touré de Guinée, Félix Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire, Ahmadou Ahidjo du Cameroun et Shehu Shagari du Nigeria. Une expérience qui a contribué à enrichir son savoir, sans l’éloigner des livres.

Le fils d’Hassan II va en effet poursuivre son parcours universitaire au Maroc jusqu’à l’obtention d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit public en juillet 1988. Un an plus tôt, il pouvait se réjouir d’avoir conquis le premier certificat d’études supérieures (CES) en sciences politiques avec mention. Un amour pour les sciences politiques qui présageait un parcours de ce type au bout du stylo. Orienté, mais pas dicté par le père ; plutôt souhaité et pensé par le fils.


Une carrière qui s’enchaîne

Entre cours universitaire et responsabilité politique, Mohammed passe facilement de la théorie à la pratique. Il enchaîne les missions pour son pays, de l’Arabie Saoudite au Japon en passant par l’Ethiopie. Un sang royal polyvalent. Nommé président du Comité d’organisation des IXe jeux méditerranéens de Casablanca en 1982, il préside la délégation marocaine aux travaux du VIIe sommet des pays non-alignés à New Delhi en 1983 et prononce un discours dans lequel il rappelle les positions du Maroc à l’égard de diverses questions arabes, africaines et internationales.

En septembre de la même année, le prince héritier préside la délégation marocaine aux travaux du comité de mise en œuvre de l’Organisation de l'unité africaine sur le Sahara à Addis-Abeba. Deux ans plus tard, le souverain le nomme coordonnateur des bureaux et services de l’état-major général des Forces armées royales.

A peine Mohammed célèbre son DEA qu’il embarque pour Bruxelles où le président de la Commission européenne, Jacques Delors, l’attend pour un stage de quelques mois. De retour sur les bancs en 1993, cette fois à l’université française de Nice Sophia-Antipolis, le futur roi soutient sa thèse portant sur la « Coopération entre la Communauté économique européenne et l’Union du Maghreb arabe » et obtient le titre de docteur en droit avec la mention « très honorable », pour ensuite être nommé docteur honoris causa par l’université George Washington à l’an 2000. Jolie frappe pour celui qui aura été, en 1994, général de division dans l’armée. Jusqu’ici, son bagage intellectuel lui a été utile dans toutes ses fonctions. Et la consécration viendra finalement le 23 juillet 1999. Hassan II est mort, Mohammed VI est proclamé roi. Son intronisation est célébrée l’avant-dernier jour du même mois.


Les réformes d’un souverain

Installé sur le trône, Mohammed VI doit faire face aux grands problèmes qui se posent au royaume marocain. Sur la table, la question des islamistes et celle du Sahara occidental pour laquelle il va proposer un large plan d’autonomie. Dans le même temps, il va user de son tact diplomatique pour apaiser les relations tendues entre le Maroc et le voisin Algérie.

Trois mois après son accession au trône, la dénonciation par le roi de « l’immobilisme » du Makhzen (l’administration toute puissante, Ndlr) et le limogeage du ministre de l'Intérieur Driss Basri, ont marqué sa volonté de changement. Une volonté renforcée par l’autorisation du retour au Maroc de l’opposant historique au régime, Abraham Serfaty. Progressivement, le souverain chérifien fait reculer les tabous. Les langues se délient. La réforme du Code de la famille en 2004 et l'inscription dans la constitution de l'égalité homme-femme offrent des perspectives en matière de droits des femmes. Le roi sait que les réformes à engager sont nombreuses mais il tente d’impulser une nouvelle dynamique dans la gestion des affaires du pays. La sienne. Il commence alors à dessiner son propre parcours de souverain, avec le soutien des Etats-Unis et de nombreux autres pays en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe.


Politique et discours

Dans le discours du 40e anniversaire de la Marche verte, Mohammed VI annonce un plan massif d'investissement pour les provinces du Sud destiné à améliorer les conditions de vie des populations sahraouies. En juillet 2009, pour ses dix ans de règne, il décide de gracier 25 000 détenus. Le 09 mars 2011, dans le cadre du plan de régionalisation et des manifestations marocaines du 20 février nées à l'instar des mouvements populaires dans le monde arabe, le roi annonce une réforme de la Constitution (approuvée par référendum le 1er juillet 2011, Ndlr), visant à renforcer le pluralisme, les droits de l'homme, les libertés individuelles et à réduire ses pouvoirs au profit du chef du gouvernement (qui devait désormais être choisi parmi les membres du parti majoritaire élu aux élections législatives anticipées qui ont eu lieu le 25 novembre 2011, Ndlr) et du Parlement.

Le 20 août 2016, dans un discours télévisé destiné à la nation, Mohammed VI fustige le fanatisme religieux et lance un appel à « la paix, la concorde et au vivre-ensemble » dans les pays de résidence de la diaspora marocaine, à la suite des derniers attentats survenus en France, faisant notamment référence à l'assassinat du père Jacques Hamel. Cette année là, pas étonnant qu’il reçoive le Prix Mandela de la paix.


Mohammed VI en Afrique

Depuis de nombreuses années, le roi marocain met en avant la politique de coopération Sud-Sud qui passe par l'établissement de relations stratégiques et économiques avec l'Afrique subsaharienne. En 2017, cette politique porte des fruits et fait du Maroc le premier investisseur mondial en Côte d'Ivoire et le deuxième investisseur africain avec 70 % des IDE (Investissements directs à l’étranger, Ndlr) marocains vers l'Afrique subsaharienne.

En février 2017, Mohammed VI annonce la volonté de son pays de faire partie de la zone CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, Ndlr). Quelques mois après que le Maroc ait accueilli et organisé la COP 22 (22ème Conférence internationale sur le climat, Ndlr), il reçoit le prix du Visionnaire en efficacité énergétique (« Energy Efficency Visionary Award ») des mains de Gil Quiniones, co-président du Conseil d’administration de l’Alliance de l’efficacité énergétique (ASE), pour son implication en faveur du climat, de la sauvegarde de l'environnement, des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

Couvert de nombreux honneurs et distinctions sur le plan national et international, Mohammed VI a toujours bénéficié d’une haute considération auprès de ses homologues voisins et d’ailleurs. Un statut qui lui permet d’obtenir en 2017, le retour du Maroc à l’Union africaine après 33 ans d'absence, avec une quasi-majorité d'États votant en faveur de la demande marocaine. Une fierté pour le roi décoré la même année Prix de la Reconnaissance spéciale du leadership.

Mohammed VI est en effet leader et téméraire. L’homme d’affaires qu’il est aussi, espère d’ailleurs offrir à son pays, le privilège d’abriter le mondial de football de 2030 malgré l’échec de la candidature marocaine pour 2026.

Feel Maria


Politique internationale, quelques rencontres clés :

Mohammed VI et le président des États-Unis, George W. Bush, en 2002.

Mohammed VI et le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, en 2004.

Mohammed VI, le secrétaire d'État des États-Unis, John Kerry et le secrétaire à la Défense des États-Unis, Chuck Hagel, en 2013.

Mohammed VI, premier chef d'État reçu par le président français François Hollande, en 2012.

Mohammed VI et le Président de la fédération de Russie Vladimir poutine, en 2016.



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