Près de trente ans après avoir quitté son emploi de professeur à l’INJS de Niamey pour se lancer dans les affaires, Mariama Issaka, une success business woman du Niger, directrice générale de l’établissement Morkio, revient sur les motifs qui l’ont conduit à quitter un salaire mensuel pour se jeter dans l’entrepreneuriat. A cinquante ans passé, c’est une femme comblée qui ne regrette pas d’avoir pris la voie de son intuition. Pour l’avenir elle entend poursuivre cette voie avec en plus le challenge de devenir un jour, une productrice qui va alimenter la ZLECAf. Et ce dernier défi est né de sa participation au She Trades Global Forum qui se tient au siège de l’Union Africaine depuis ce 19 novembre.

Mariama Issaka, vous êtes la directrice générale de l’établissement Morkio basé à Niamey, capitale du Niger. Voulez-vous nous apporter des précisions sur votre entreprise ?
Je suis Mme Issaka, je suis là directrice de l’établissement Morkio. Il s’agit d’une entreprise unipersonnelle. J’ai un petit complexe, un grand restaurant que je gère au niveau de la capitale et j’ai un magasin où je vends tout ce qui est textile, bijoux, parfum. En même temps je fais du jus nature, je fais à peu près cinq types de jus différents et je m’occupe de la restauration d’un internat où j’ai à peu près 2000 élèves.

Comment a commencé votre vie de femme entrepreneur ?
J’étais d’abord enseignante chargée de cours à l’INJS de Niamey, j’avais commencé en 1982. Donc en 1990 j’ai décidé de me lancer dans les affaires c’est ainsi que j’ai abandonné mon emploi en prenant le départ volontaire des fonctionnaires de l’État. Je me suis lancée dans les affaires parce que de tout temps j’ai beaucoup aimé le business. J’aimais beaucoup les femmes qui se battaient pour leur indépendance financière. C’est donc ce qui explique mon départ de ma fonction de professeur de l’INJS.


A l’époque qu’elle a été la réaction de votre famille et éventuellement celle de votre époux ?

Vous savez en 1990 au Niger les choses n’étaient pas faciles du tout. Il y avait cette pesanteur de la religion, des parents du mari et même de vos parents directs. Alors sans vous mentir j’ai dû cacher un peu. Mais il faut dire que j’étouffais beaucoup ; il fallait que j’aie mon indépendance financière. Je voulais cette liberté de faire moi-même mes affaires à moi, parce que je pressentais que ça pouvait marcher. Au dernier moment j’ai averti mon époux qui ne s’est pas montré sceptique mais ma mère par contre ne voulait pas. J’ai donc dû lui expliquer et lui donner des exemples palpables. C’est comme cela qu’elle a été rassurée et m’a même encouragé dans cette nouvelle vie que je commençais.


Avez-vous eu un appui de la banque ou de la microfinance pour vous lancer dans les affaires ?
Quand j’ai quitté ma fonction auprès de l’Etat, je me rappelle qu’on m’a donné une petite enveloppe. J’avais reçu 3,5 millions de francs CFA ; c’est ainsi que j’ai ouvert mon premier salon de coiffure à Niamey qu’on appelait ZELA Coiffure. Dans le même temps j’avais ouvert une boutique dans laquelle on pouvait trouver la lingerie et une parfumerie pour hommes et pour femmes. On l’appelait ZELA Mode. J’avais aussi ouvert un maquis (bar-resto dans le jargon ivoirien) parce qu’il faut dire que j’ai fait mes études en Côte d’Ivoire où les maquis sont une sorte de tradition nationale ivoirienne.


Participer au She Trades Global Forum 2019 représente quoi pour vous ?
C’est la première fois pour moi d’être invitée par ITC (international trade centre ou Centre International du Commerce). J’ai appris beaucoup de choses depuis mon arrivée ici. D’ailleurs je voudrais profiter de votre micro pour dire toute ma gratitude aux organisateurs de cet événement. Les échanges ont été fructueux de sorte qu’aujourd’hui on a d’autres idées novatrices que nous allons essayer d’implémenter dès notre retour. Je ne regrette pas d’avoir participé à cette édition du She Trades Global Forum. Nous avons été suffisamment édifiées sur la Zone de Libre-échange du continent africain (ZLECAf) et en tant que présidente de l’association des femmes opératrices économiques du Niger créée depuis 2005 j’ai l’intention d’engager toutes mes consœurs opératrices économiques dans ce chantier en vue de participer à l’approvisionnement de ce grand marché africain qu’est la ZLECAf.


Propos recueillis par Onesiphore NEMBE, envoyé spécial Afrique Progrès Magazine à Addis-Abeba.

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