Le président français Emmanuel Macron lors de son discours de la conférence des ambassadeurs [français] qui s’est tenue le 28 août 2018 à Paris

Clin d’œil dans le monde : La France constate l’échec de la mondialisation et appelle à mettre en place un nouveau modèle

économie



L’extrait ci-dessous [à la fin de ce long commentaire] a été pris dans le discours du Président français Emmanuel Macron dans le cadre de la conférence des ambassadeurs [français] qui s’est tenue le 28 août 2018. Il s’agit du constat de l’échec des accords de gouvernance mondiale signés à la sortie des deux grandes guerres et d’un appel à signer de nouveaux accords en incluant cette fois de nouveaux acteurs tels que la Russie, la Chine et la Turquie. La France entend bien mener les pays dits « Puissants » dans ce sens dès sa prise en 2019 de la présidence du G7. La question est de savoir si des puissances telles que la Chine et les Etats-Unis, conviendront à s’asseoir sur une table de négociation avec une Europe fragilisée par ses dissensions internes et par le départ de la Grande Bretagne, et ce sur une invitation européenne. 

Quand le président français Emmanuel Macron constate l’échec de la mondialisation et appelle à mettre en place un nouveau modèle de gouvernance mondiale pour interdire la montée des modèles alternatifs portés par des pays peu regardant des idéaux occidentaux, cela donne l’impression que le bloc occidental prévient la chute imminente de la civilisation qu’il a mis en place et aimerait se faire une place dans le groupe qui va diriger le monde demain. Mais la volonté exprimée du président Macron suffit-elle pour que la France et sa suite soient parties dans le nouveau bloc à composer ?

Le discours d’Emmanuel Macron a été une invitation à composer désormais avec les « nouvelles puissances », en l’occurrence la Chine, la Russie, la Turquie …autant de pays qui ont pris une place non négligeable sur la scène internationale et contre qui le bloc occidental effrité par des dissensions intestines n’opposera plus longtemps une résistance tenace. Désormais, même au prix de quelques concessions sur le terrain des idéaux, l’Europe est appelée par la France à composer avec ces pays. Concessions importantes tout de même, puisqu’une nouvelle carte européenne pourrait voir le jour et devrait être une acceptation des bornes que la Russie a fixées depuis quelques années. L’Ossétie du sud, l'abkhazie, le Dombass…, la Russie a grappillé du terrain sur des territoires où l’UE semblait exercer son autorité. Impunément hélas ! Et pour combler le tout, l’Europe est appelée à composer avec le géant russe. Comprenez quel prix l’occident attache à la survie de sa civilisation ou à rester ans le peloton de tête du monde.

L’urgence se fait forte lorsque la Russie s’apprête à montrer ses muscles à ses voisins européens par la tenue des plus importantes manœuvres militaires depuis 38 ans. En effet, Moscou a invité Pékin a envoyé des troupes pour des exercices militaires d’envergure dans quelques semaines. Un minimum de 300 000 soldats russes et plus de 336 000 appareils ; chars, blindés, avions de combat, seront déployés sur le théâtre de ces exercices. De quoi faire paniquer le camp de l’OTAN ramené aux portes de la Russie et qui a toujours représenté une menace pour le pays de Vladimir Poutine.

La situation des pays occidentaux n’est guère bonne avec les budgets militaires largement en deçà des montants pharaoniques des autres puissances. Il faut préciser que ces budgets restent au-dessous des 2% du PIB national de chaque Etat membre de l’OTAN. Lors du dernier rendez-vous de cette organisation en perte d’autorité sur fond de brouille avec la partie américaine, une information avait fuité au sujet du président américain Donald Trump qui aurait appelé à passer urgemment à 4% du PIB de chaque Etat membre pour les dépenses militaires. « L’Europe a d’autres priorités et ne peut se permettre ce sacrifice » avait-on entendu dans certains médias. Du coup on se demande bien si l’UE arrivera à assurer désormais sa sécurité et par ricochet garantir sa souveraineté alors que les USA ont donné tous les signes d’un départ imminent ou d’une présence minimum au sein de l’OTAN.

Tout compte fait l’UE est en passe de devenir une puissance de seconde zone, si elle ne l’est pas encore. Puisque l’attitude américaine avec les sanctions commerciales qui touchent tout le monde y compris les supposés alliés européens, en disent long sur la moindre considération que jouit le vieille Europe auprès de Washington. L’embargo, arme pointée sur les pays pauvres autrefois, touche les pays dits « Puissants », quel camouflet ?

Le plus surprenant de l’histoire est d’entendre le président Emmanuel Macron appeler ses pairs européens à prendre en compte les conséquences de la fin de la guerre froide, conséquences supposées prises au lendemain de la fin de cette guerre dans les années 1990. C’est donc dire que le retard de l’Europe sur les autres puissances [sur le plan militaire] est de 30 ans, trente années au cours desquelles l’illusion du partenariat avec les USA était un gage de sécurité. Un accord remis en cause avec la montée au pouvoir de Donald Trump, républicain au caractère trempé et pour qui les liens de parenté ne suffisent plus pour l’Amérique qui entend bien asseoir sa domination sur le monde.

Nonobstant cette condition regrettable de la vieille Europe, la situation de l’Afrique est peu confortable avec en quelque lieu des foyers de tensions allumés comme par une baguette magique. Quelques rares pays du continent peuvent se targuer d’avoir une souveraineté territoriale et une solide paix. Cette situation voulue probablement pour que la redéfinition de la gouvernance mondiale laisse en marge l’Afrique [ndlr. grenier séculaire du monde], peut pourtant se défaire grâce à une véritable union africaine. Il faut en effet une union africaine vraie, au sein de laquelle les Etats africains vassaux de l’occident n’y prendront pas part. En d’autres termes, il faut une union africaine au sein même de l’Union Africaine et que celle-ci formule des exigences africaines pour le nouveau monde. Et cela dans les brefs délais, afin de tenter d’avoir une voix dans les négociations à venir au sujet de la nouvelle gouvernance du monde. Outre mesure l’avenir s’annonce mal pour notre continent.

En effet ni l’Afrique, ni l’Amérique latine, ni le Moyen Orient, n’ont fait l’objet d’un appel à participer à ces négociations futures. L’idée que le monde fasse l’objet d’un nouveau partage en l’absence d’un témoin africain réveille le ressenti de toutes ces années de douleur de notre continent. Alors on pousse comme un cri ; « Afrique lèves-toi pour l’avenir de tes enfants ». God bless Africa !!!

Onésiphore NEMBE,                                                                                                                        


 

Extrait du discours d’Emmanuel Macron du 27 août 2018

« La France s’est aussi faite le chantre d’un multilatéralisme fort. Or, le système multilatéral hérité du siècle passé est remis en cause par des acteurs majeurs et des puissances autoritaires qui parfois fascinent de plus en plus. Devons-nous rendre les armes ? Est-ce la responsabilité de la France si tel ou tel pays choisit telle sensibilité, si une autre puissance souveraine décide différemment de ce que nous pensons ?

La France et l’Europe ont en quelque sorte pris acte des nouvelles menaces contemporaines et du fait que nous avions besoin d’une autonomie stratégique et de défense pour répondre à ces dernières…

L’Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis. C’est à nous aujourd’hui de prendre nos responsabilités et de garantir la sécurité et donc la souveraineté européenne.

Nous devons tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide. Des alliances ont aujourd’hui encore toute leur pertinence, mais les équilibres, parfois, les automatismes sur lesquels elles s’étaient bâties sont à revisiter. Et cela suppose aussi pour l’Europe d’en tirer toutes les conséquences. Cette solidarité renforcée impliquera de revisiter l’architecture européenne de défense et de sécurité. …

Je souhaite que nous lancions une réflexion exhaustive sur ces sujets avec l’ensemble de nos partenaires européens au sens large, et donc avec la Russie… Le multilatéralisme traverse en effet une crise majeure qui vient percuter toutes nos actions diplomatiques, avant tout, en raison de la politique américaine. Le doute sur l’OTAN, la politique commerciale unilatérale et agressive conduisant à une quasi-guerre commerciale avec la Chine, l’Europe et quelques autres, le retrait de l’accord de Paris, la sortie de l’accord nucléaire iranien en sont autant de marques. Le partenaire avec lequel l’Europe avait bâti l’ordre multilatéral d’après-guerre semble tourner le dos à cette histoire commune…

La Chine, tout en participant activement au jeu multilatéral classique, promeut de son côté sa propre vision du monde, sa propre vision d’un multilatéralisme réinventé, plus hégémonique. D’autres puissances ne jouent pas véritablement le jeu de la coopération multilatérale, et l’effondrement de cet ordre supposé occidental ne leur poserait pas tant de difficultés.

Dans ce contexte, on reproche parfois à la France de poursuivre le dialogue, les efforts avec les Etats-Unis, alors qu’il est évident, même dans les circonstances actuelles, que le dialogue avec Washington reste essentiel. Et je dois vous dire que la situation est à mes yeux très différente de ce qu’on décrit la plupart du temps. D’abord parce que le mouvement d’isolationnisme ou d’unilatéralisme, devrais-je dire, que les Etats-Unis vivent n’est pas totalement nouveau, il a déjà existé par le passé lointain, si on se réfère à Jackson, mais il avait déjà commencé avec l’administration précédente sur certains théâtres d’opérations et dans certaines régions.

Cette position américaine, bien entendu, affaiblit le multilatéralisme contemporain, parce qu’elle entrave l’efficacité et peut conduire à faire émerger des modèles alternatifs plus hégémoniques et irrespectueux de nos valeurs. Mais à mes yeux, elle doit être plutôt vue comme un symptôme davantage qu’une cause, le symptôme de la crise de la mondialisation capitaliste contemporaine et du modèle libéral westphalien multilatéral qui l’accompagne…

Et du Brexit à la position contemporaine américaine, c’est bien ce malaise avec la mondialisation contemporaine qui s’exprime. Simplement, la réponse à mes yeux ne passe pas par l’unilatéralisme, mais par une réinvention, une nouvelle conception de la mondialisation contemporaine. Ensuite, cette mondialisation capitaliste a généré une accélération des flux financiers, une hyper-concentration des techniques, des talents, mais aussi des profits qui ont fait émerger des acteurs qui bousculent et affaiblissent nos règles collectives, et des grands gagnants comme des grands perdants.»



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