L’Éthiopie et l’Égypte n’arrivent pas encore à trouver un accord sur le barrage grande renaissance en construction sur le Nil bleu. C’est ce l’on retient d’un énième round de négociation récemment bouclé entre les deux pays voisins.

Le MEGA-barrage Grande Renaissance, 6450MW, 4 milliards de dollars, est en construction depuis 2011. D’après un accord entre l’Éthiopie et l’Égypte, daté du 15 mai 1902, les eaux du Nil se trouvent sous l’autorité égyptienne. Un autre texte signé en 1929, en pleine crise économique mondiale, par l’Égypte et le Soudan, indiquait que le premier devait disposer de 2/3 des eaux du Nil tandis que le second conservait 22%. Le reste, soit 15%, était pour les autres pays traversés par le Nil. Mais alors qu’il apparaît que l’Égypte se trouve en aval de ce cours d’eau, on se demande quelles intelligences ont pu procéder à la conception de ces textes et à la signature.

Il faut tout de même signaler que ces accords ont été signés alors que l’Égypte était sous l’autorité britannique. Par des britanniques probablement. Mais plus d’un siècle plus tard Addis-Abeba conteste ces textes. Du coup la construction de cette infrastructure a été initiée sans un accord préalable du Caire. Conséquence : les deux pays sont en désaccord.

Les risques d’une guerre entre ces deux puissances militaires africaines ont été évitées entre 2015 et 2016. Mais quoique multipliés, les rounds de négociation n’ont accouché aucune solution définitive. Entre autres actes de ce feuilleton, en 2015 on a assisté à la signature d’un accord de principe sur la répartition de l’eau du Nil entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan, suivi en 2017 de la visite de Sameh Choukry, ministre égyptien des affaires étrangères, les s’était rendu à Addis-Abeba. L’exclusion du Soudan de la table de ses négociations le 2 janvier 2018 à la demande du Caire fit aussi un acte fort. L’avant dernier acte de ce feuilleton d’une lutte autour des réserves d’eau douces, remonte en 2019 avec l’instruction d’une expertise chargée d’évaluer le risque que comporte le barrage pour les pays situés en aval.

Barrage Grande Renaissance : l’infrastructure de tous les intérêts

Le barrage Grande Renaissance permettra à Addis-Abeba de combler ses besoins énergétiques. Plus encore ceci permettra une hausse des volumes exportés dans la sous-région. Précisons que Addis-Abeba est aujourd’hui un acteur majeur dans le domaine énergétique sous-régional.
Mais pour l’Égypte, pays dépendant du Nil pour s’alimenter en eau douce, ce barrage représente un grave danger. En effet, près de 86% des besoins en eau douce de l’Égypte proviennent du Nil. Et le refus par l’Éthiopie de remplir le bassin du barrage au-delà de 7 années suivant la date de mise en service de ce barrage, fait craindre une pénurie au Caire. Au cours de la réunion des ministres égyptiens, soudanais et éthiopien de l’eau et de l’énergie, Sileshi Belle a salué la nouvelle matrice conçue par le voisin égyptien. Cependant il a indiqué qu’il n’est pas possible « de prolonger le délai de remplissage du barrage de 12 à 21 ans ». Il s’agit pour son pays d’une option « inacceptable ».

Avec 16 turbines, le barrage Grande Renaissance deviendra le plus important jamais construit en Afrique. L’infrastructure est en train d’être financée grâce aux capitaux de l’État et de la diaspora. La banque mondiale avait opposé un refus à la demande éthiopienne de financement d’après des sources proches de ce dossier.

Les travaux piétinent

Les travaux piétinent depuis 2017. Et la mort de Simegnew Bekele, directeur du barrage de la Renaissance, ingénieur éthiopien, tué par balle dans son véhicule sur la place Meskel à Addis-Abeba le 25 juillet 2018, a contribué à ralentir le rythme des travaux. A l’époque des craintes d’intrusion d’une mafia chargée de retarder les travaux voire de les interdire avaient effleuré les esprits.

Initialement le barrage Grande Renaissance devait être livré en 2022. Mais en raison du retard accusé dans sa construction, il ne serait pas étonnant qu’à la fin de l’année 2023 il ne soit pas totalement livré.

Onesiphore NEMBE, Directeur de Publication Afrique Progrès Magazine

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