Début mai les autorités camerounaises ont assoupli les mesures de confinement dans un contexte où l’épidémie du COVID 19 n’avait pas encore atteint le pic. Depuis lors la population, partagée entre l’idee de se protéger et celle de retourner à la vie d’avant l’épidémie, a hélas fait ce deuxième choix. Cependant en reprenant ses quartiers dans les bars, les restaurants et même les boîtes de nuit, elle se contamine au Coronavirus dans un pays où les tests disponibles sont infiniment petits et les résultats peuvent parfois être longs à obtenir. Par conséquence ces dernières semaines les chiffres des cas suspects au niveau national ont franchi la barre des 5000 personnes atteintes et plus de 175 décès ont enregistrés.


Afrique Progrès Magazine est allé à la rencontre du directeur de l’hôpital régional annexe de la ville d’Edea s’enquérir de l’évolution de l’épidémie. Dr Jean Gustave Tsiagadigui présente l’épidémie dans une ville carrefour de près de 100 000 habitants, restée solide devant l’assaut du COVID 19.

Avec plus de 4000 cas enregistrés et plus de 160 morts, le COVID 19 est en train de gagner du terrain au Cameroun. Peut-on dire autant de la ville d’Edea ?
Effectivement nous sommes déjà à plus de 5000 cas recensés dans notre pays et plus de 175 décès. Pour ce qui est de la ville d’Edea, pour ce qui est de l’hôpital régional annexe d’Edea nous avons déjà suivi 25 personnes définies comme des cas suspects c’est-à-dire des gens qui présentent des symptômes ou alors qui rentrent dans la définition des cas. Répartis en 17 hommes, 8 femmes et avec un cas pédiatrique, il s’agissait d’une fille de trois ans. A partir de ces 25 cas suspects nous avons pu faire 18 prélèvements. Et sur les 18 prélèvements il y a eu 8 cas qui sont prélevés des cas suspects et il y a une dizaine qui sont des cas contacts de ces cas suspects. Nous avons quelques difficultés internes de suivie parce que nous avons seulement très peu de retour de résultats. Deux cas de retour de résultats. Parmi les deux cas de résultats il y en a un qui est certainement positif. Il s’agit d’un patient qui était de passage dans notre hôpital, et qui est décédé dans une autre institution. D’ailleurs ce n’était pas un cas de COVID, il est venu pour une autre pathologie, il avait été opéré ailleurs. Malheureusement il fallait l’évacuer et il a fait une complication, on s’est rendu compte qu’il avait également le COVID 19.

L’hôpital régional que vous dirigez a-t-il reçu des cas confirmés de COVID 19 et comment ces cas ont été gérés?
On a eu en tout cas trois décès. Il y a eu un décès survenu au sein de l’hôpital et nous avons réalisé les prélèvements post-mortem. Nous n’avons pas encore les résultats. Il y a au moins un cas qui est décédé à domicile très fortement suspect au plan clinique et au plan radiographie et qui avait refusé de se faire évacuer à Douala avant de mourir le lendemain. Nous avons également un autre cas qui est décédé au sein de l’hôpital récemment. Il s’agissait d’un patient qui venait d’une autre ville et qui était en très mauvais état. Nous avons réalisé le test rapide et qui était positif mais le malade a succombé quelques heures après son arrivée et nous n’avons pas eu l’occasion de le transférer à douala. Donc Voilà un peu la situation dans laquelle nous nous trouvons. Mais je crois qu’avec l’arrivée des nouveaux tests, notamment les tests rapides, nous serons à même de suivre plus facilement les malades et en tout cas de pouvoir adresser les cas les plus difficiles dans les hôpitaux agréés et nous garder les cas qui restent suspects mais qui sont stables.
Nous avons un bâtiment qui a été dédié et qui mérite d’être encore mieux aménagé à la prise en charge de ces patients. Je crois qu’il y a une bonne dizaine de personnes qui sont déjà passées dans ce bâtiment. Nous avons une équipe qui est coordonnée par notre conseiller médical Dr Keith et notre jeune médecin Dr NDE qui est la plaque tournante pour la prise en charge de ces patients. Nous sommes en contact permanent avec Douala, avec le coordonnateur régional Dr Moussi. Nous avons également reçu l’appui de la DML, la direction de la lutte contre la maladie et les épidémies qui est venue sur place recenser nos besoins et qui a également organisé avec l’OMS n atelier de formation du personnel. Nous travaillons en étroite collaboration avec le district de santé qui est chargé de la coordination au sein de la ville. Nous ne sommes que l’hôpital pour recevoir les cas. Voilà comment nous les prenons en charge.

Comment le citoyen lambda, désireux de préserver sa santé et celle de son entourage, doit vivre aujourd’hui ?
Je crois que le message ne va pas changer. Nous sommes en pleine explosion de cas, que ce soit les cas que ce soit les décès, on ne peut faire de dessin à personne. Vous suivez l’actualité tous les jours, il y a plein de cas et il y a des villes qui sont en train de créer des cimetières pour enterrer. Donc le message est le même. Il ne faut pas rentrer dans l’inconscience, il faut garder les mesures de distanciation, les mesures barrières, les mesures d’hygiène doivent être de mise. Ne nous trompons pas le Coronavirus existe, le COVID 19 tue. Donc le seul message c’est le message d’appropriation de toutes les mesures barrières édictées par le gouvernement et surtout de rester sage et de faire très très attention de ne pas se confier à n’importe qui et à n’importe quand. Vous avez-vous-même constaté que ça explose maintenant parce que nos concitoyens ont mal interprété les mesures d’assouplissement qui ont été édicté récemment. Ils les ont très mal interprétées du coup nous nous retrouvons dans une situation très difficile.

Les autorités municipales et administratives sont entrées en guerre contre le COVID 19 depuis les premières heures de l’épidémie, comment arrivez-vous à harmoniser vos stratégies pour plus d’efficacité dans la lutte?
Que ce soit M. Le préfet, M. Le Sous-préfet et M. Le Maire, nous travaillons vraiment en symbiose et ils sont au courant de toutes les activités que nous menons et nous avons leur soutien et cela malgré les difficultés matérielles auxquelles nous faisons face. Nous participons à toutes les réunions, nous sommes mêmes partie prenante de ces réunions, nous aidons la ville à faire face à ces problèmes. Nous avons mis notre service d’hygiène à la disposition de la ville pour appuyer celle-ci dans le cadre des activités d’assainissement des marchés, des écoles. La ville également nous vient en aide. C’est elle qui nous a aidé à remettre en activité notre forage. Récemment nous avons mis sur pied de fabriquer nous même le gel et de le mettre à la disposition de la ville sous certaines conditions pour aider à avoir ce matériel sur place. Donc voilà un peu ce qui se passe et je dois dire que nous sommes plutôt bien soutenus par les autorités même si en tant que formation sanitaire nous attendons encore plus puisque les besoins sont très importants, notamment les besoins en matériels

De nombreux patients ont déserté les hôpitaux pour s’éviter, disent-ils, d’être contaminés par le Coronavirus. Quelles peuvent-être les conséquences pour ces personnes ?
Oui, c’est vrai c’est une attitude qui peut être sensée, c’est-à-dire que personne n’a envie d’aller dans une structure où il y a des patients atteints de COVID au risque de se faire infecter. Nous avons pris des mesures au niveau de notre hôpital, des mesures de distanciation qui peuvent encore être améliorées mais les bâtiments où on prend en charge les patients atteints de COVID 19 sont éloignés. Nous avons un minimum de matériels pour le personnel, nous avons en permanence du gel, nous avons même des mesures de désinfection permanent y compris le personnel qui rentre dans l’hôpital même si de temps en temps nous faisons face à un certain nombre de difficultés. Nous ne voulons pas encourager les gens à venir à l’hôpital maïs nous disons, ne restons pas avec nos maladies à la maison. Parce que le COVID en tant que COVID tué via une infection pulmonaire, via une embolie pulmonaire, via une infection gastro du tube digestif. Donc après c’est quand même des malades qu’on doit soigner et on les soigne avec des médicaments dans certaines conditions. Donc il ne faut pas rester avec les maladies à la maison, surtout les malades chroniques. Il faut se faire consulter et surtout il ne faut pas rentrer à la maison avec nos maladies, même le COVID il faut venir à l’hôpital et nous prenons des dispositions pour essayer de les sécuriser. Mais nous sommes au courant de ce que certains malades arrivent maintenant avec des complications, de l’hypertension artérielle, …vasculaire cérébral, des formes de pathologies qui ne sont pas bien suivies par méfiance. C’est tout à fait normal mais il faut faire attention les hôpitaux sont là pour aider les citoyens.

Le COVID 19 est-il appelé à finir ou sommes-nous voués à vivre avec pendant longtemps ?
L’avenir c’est que nous risquons de vivre avec le COVID 19. C’est cette perspective que semble dire les spécialistes des épidémies. Il s’agira donc d’apprendre à vivre avec un virus qui est très très dangereux, qui tué et donc de garder des mesures fortes, des mesures d’hygiène, des mesures de barrière, des mesures de propreté, des mesures de distanciation. Nous devrons les garder de façon très forte parce que nous risquons de vivre avec. Nous ne savons pas s’il y aura un vaccin, nous ne savons pas quelles seront les thérapies, d’ailleurs vous êtes au courant de toutes les discussions qui se font sur les thérapies. Notre chance est que malgré que ça tue, le taux de mortalité chez nous est relativement faible par rapport à ailleurs, même le nombre de personnes d’atteintes est faibles. Peut-être qu’il y a des facteurs environnementaux qu’il faudrait encore étudier pour voir si nos plantes nous aide t’elle à faire face à cette maladie. Mais n’empêche que les mesures de distanciation et de barrière doivent être prises. C’est ça qui va nous aider à nous en sortir. Pour finir je dirais que beaucoup de recherches sont en cours pour voir quels sont les médicaments, quels sont les médications qui peuvent aider à faire face à ce virus.

Propos recueillis par Onesiphore NEMBE, journaliste Afrique Progrès Magazine.

Laisser un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here