Longtemps abandonnées à elles-mêmes, les collectivités territoriales décentralisées ont vu leur statut révisé à la suite du discours de fin d’année du président Paul Biya, lequel reprenait à la fois, les orientations insinuées lors du Grand dialogue national et celles édictées dans la constitution de 1996. De quoi ouvrir la voie vers une refonte de ces entités d’après les règles admises au niveau mondial cette fois.


Étalées sur des centaines de kilomètres carrés pour la plupart, les 360 communes que compte le Cameroun présentent des similitudes à s’y méprendre. Toutes ou presque se situent le long d’une rue centrale, véritable épine dorsale d’une économie éclatée de façon anarchique. Ainsi l’hôpital se trouve à un ou deux taxis de certaines maisons, le marché et les bureaux administratifs aussi. Les maisons de un habitant parfois sont séparées les unes des autres par de larges espaces inutiles comme pour éviter un risque de contagion. Les services d’hygiène sont alors appelés à parcourir des dizaines de kilomètres pour servir à peine quelques milliers de personnes. Que dire de l’adduction en eau potable qui exige des sommes considérables pour les installations kilométriques et même de l’électricité qui se prête au même procédé. Tant les distances à desservir sont importantes que les modestes économies des résidents de ces micro cités en pâtissent. Dire qu’on ne se rend pas compte de cela au sommet de l’Etat, au point que la jeune commune du deuxième arrondissement d’Edea a vu sa sous-préfecture construite à trois kilomètres du premier quartier à la ronde. Sans électricité elle implique le paiement d’une somme d’au moins 3000 fcfa pour la signature du moindre document. De l’argent qui sert pour les frais de timbre et beaucoup plus pour les allers-retours en mototaxis.


Les entités décentralisées du Cameroun en restent encore autour de 200 à 600 habitants au kilomètre carré, un facteur favorisé par les constructions basses sur fond d’un idéal rétrograde d’une famille, une maison. Pourtant dans les pays développés le respect des normes de l’habitat est une exigence souveraine. La priorité est donc accordée aux édifices hauts capables d’abriter des centaines de familles. On y dénombre entre 7000 et 10 000 habitants au kilomètre carre. Et il faut dire que cette importante densité est porteuse d’efficacité tant sur le plan administratif que sur le plan économique.


La commémoration du jour anniversaire des collectivités territoriales le 10 août dernier s’est présentée pour ainsi dire, comme le moment pour de nombreux acteurs des entités territoriales décentralisées de revoir leur politique d’aménagement urbain. Il s’agit aujourd’hui de migrer d’un système qui encourageait la construction de modestes résidences d’un habitant à un système qui promeut des édifices pouvant abriter une cinquantaine voire une centaine de familles. Et le fait nécessite une législation capable d’ouvrir la voie vers ces constructions communes. A noter que cette compétence a été celle de la Société immobilière du Cameroun pendant très longtemps. D’autre part il faut ramener l’ensemble des services indispensables du quotidien, hôpital, pharmacie, marché, école, bureaux administratifs, vers ces nouveaux pôles au grand bonheur de l’économie locale appelée ainsi à connaître un plus important essor. Le cas du camp Sic de 100 logements sociaux ouverts à Bertoua récemment par la ministre de l’habitat, Célestine KETCHA Courtes, est une illustration suffisante de la forme d’urbanisation qui sied en ce début du 21e siècle.


Des finances disponibles bientôt
Attendue impatiemment par le personnel des collectivités territoriales décentralisées, les fonds nécessaires à l’implémentation de cette nouvelle politique ne devraient plus tarder. Lors du grand dialogue national le problème du financement des collectivités territoriales avaient été largement débattu. Fin 2019 le président Paul Biya dans son discours avait réitéré l’engagement de l’Etat à mettre à la disposition des collectivités 15% du budget national. Il est donc à espérer qu’au travers de la pandémie du COVID 19, l’Etat ouvre les vannes. Et le peuple de souhaiter Vivement que vienne cette ère nouvelle.


Onesiphore NEMBE