Cultivé en quantité infiniment petite et très peu consommé, la banane plantain fait l’objet des appétits depuis 2017. Dans la région du littoral, département de la Sanaga Maritime, arrondissement de Pouma, à 500 mètres du centre ville, au lieu dit carrière, de petits agriculteurs formés par la GIZ suite à une initiative de AES Sonel, travaillent d’arrache-pied pour une Industrialisation de la filière.

Moyens financiers limités, pourtant une bonne maîtrise des procédés concernant la transformation du plantain, Pouhe Joseph et ses amis du GIC Étoile de Sokelle, sont confiants quant à l’avenir de la filière. Cultivateurs depuis leur enfance dans cette localité de Pouma, au lieu-dit Carrière, en 2017 ils ont subi une formation initiée par AES Sonel et menée en collaboration avec la GIZ. Aujourd’hui ils maîtrisent la fabrication, entre autres, du vin, de la confiture, des chips, de la farine. Et malgré des réalités difficiles, ils rêvent de grandes pépinières pour la mise en place des champs de plusieurs hectares et l’industrialisation de la filière.

De grandes ambitions pour une modeste unité de transformation

En arrivant au lieu-dit Carrière, à 500m du centre ville de Pouma, un champ expérimental d’un hectare borde la route Douala-Yaoundé. Une piste le serpente sur le côté gauche, puis le traverse au milieu. Le champ compte trois espèces de plantains dont le K74 qui est un plantain hybride, le bâtard et le Big Ebang. Au beau milieu du champ se dresse un bâtiment modeste de 10m sur 6m. C’est la future unité de transformation de plantains. Il est marqué au fronton par un écriteau PCP Acefa, l’organe donateur. A l’entrée du bâtiment se trouve un séchoir artisanale imaginé par une équipe sans grands moyens financiers. Un modeste moulin à écraser le plantain séché à l’intérieur ainsi que quelques autres appareils dont un pour fermer les sachets plastiques. C’est tout !

Sur la route menant à l’unité de production, Joseph Pouhe, le promoteur du GIC, évoque ses ambitions. Il souhaite exporter un jour la farine de plantain en Afrique, en Europe, en Amérique et même en Asie. Bien que le soutien de l’État reste modeste et sans ambition, l’équipe du GIC a commencé sa production. Elle dispose dans son magasin d’une vingtaine de kilogrammes emballés dans des sachets de 500g prêts pour la consommation. Un paquet pour 1 000 CFA et des vertus thérapeutiques pour les quelques consommateurs avertis de la localité. « Avec la consommation de plantain on se soigne des maladies comme le diabète de type 2, le mal d’estomac, le cancer de rein… la banane plantain c’est une aubaine » indique Nyod Florence, elle aussi membre du GIC.

La maison de Joseph Pouhe jouxte la future unité de production. A l’intérieur du salon transformé en salle d’exposition, de nombreuses bouteilles de vin fabriqué à base de plantains sont disposées sur une table basse. Sa femme, entrepreneure agricole depuis sa sortie de l’école, est passée experte dans la fabrication des chips. Elle en propose avec entre autres, les goûts de gingembre, de ail, d’oignon. Un vrai délice bien que la taille des chips soit encore considérable comparée aux chips importés.

Le chemin vers l’industrialisation, apprendrons nous des membres du GIC, passera forcément par une augmentation de la main d’oeuvre. Cette dernière sera utile pour l’épluchage. Le GIC Étoile de Sokelle ne dispose d’aucun expert dans la commercialisation. Des commerciaux devront donc rejoindre cette équipe pour arriver à promouvoir cette production made in Cameroon.

Une industrie naissante sur fond de tradition

Pour ses multiples produits le GIC Étoile de Sokelle a opté pour le nom Mbombog. Il désigne les gardiens de la tradition en pays Bassa et suppose une production qui s’attèle à la préservation d’un certains nombres de valeurs ancestrales. Et justement, l’équipe conduite par Joseph Pouhe, entend faire des emballages traditionnels à base de bambous de chine pour écouler sa production de vin. La question est encore en étude et des modèles ont été suggérés.

AES Sonel parti, ENEO abandonne le projet

L’histoire commence en 2016 avec un mouvement populaire de contestation mené contre la société AES sonel dans l’arrondissement de Ngambe, localité de Massock. A l’époque les riverains de la centrale hydroélectrique de Songloulou, gérée par AES Sonel, contestent la présence de cette société qui exploite la centrale sans appuyer le développement des villages environnants. Ils sont remontés contre l’absence des routes et le fait pour les véhicules de AES Sonel de ne pas venir en aide même aux malades désireux de rejoindre les hôpitaux à une cinquantaine de kilomètres de là.

De son côté AES Sonel n’entend pas changer de politique de cohabitation avec les riverains. Par contre il initie en collaboration avec la GIZ un programme d’appui des villageois dans le développement agricole de la filière banane plantain. C’est ainsi qu’au courant de l’année 2017 de nombreux villageois vont être formés et organisés autour des GIC. La fin précipitée de AES Sonel, remplacée par Eneo, va favoriser l’abandon du projet. « AES Sonel est parti, Eneo a abandonné le projet » a indiqué Pouhe Joseph aux journalistes d’Afrique Progrès Magazine qui ont effectué un déplacement sur le terrain.

Depuis lors le Minepia, le Minader et PCP Acefa ont volé au secours des villageois regroupés en GIC. Alors qu’ils ont reconnu la maîtrise des procédés par les villageois, les plus chanceux comme Pouhe Joseph ont reçu une enveloppe de 3 millions de francs. Objectif : développer l’appareil industriel autour du plantain. Insuffisant !

Vous l’aurez compris la route vers l’industrialisation de la filière plantain est amorcée. Cependant le défaut de moyens en appelle à un appui financier plus ambitieux de l’État. Outre mesure ces petites mains dévouées qui travaillent dans ce secteur, finiront par se lasser. Et comment expliquer qu’à quelques mois du lancement de la Zone de libre-échange du continent africain, on continue à former des individus qu’on utilise pas dans le développement industriel du Cameroun ?

Mélanie Bekono & Onesiphore NEMBE, pour Afrique Progrès Magazine

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