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Makoko, un bidonville bâti sur pilotis dans la lagune de Lagos au Nigéria. Makoko, un bidonville bâti sur pilotis dans la lagune de Lagos au Nigéria.

Alerte : les villes africaines mal préparées à accueillir le double de leur population à l’horizon 2040 Spécial

Depuis les indépendances les villes africaines ont fait cinq fois leur population initiale. C’est le plus important boom démographique jamais observé dans le monde, et la situation est loin de s’arrêter. De l’avis des experts la population dans ces villes va doubler d’ici 2040. Sauf que le désordre qui y règne préconise une ère chaotique.

Les villes africaines ont continué de s’agrandir et accueille une population de plus en plus importante. Elles demeurent toutefois des territoires grippés et qui fonctionnement mal pour ne pas dire pas. Le secrétaire général de Cités et gouvernement locaux unis d’Afrique, Jean-Pierre Elong Mbassi évoque un « désordre urbain » favorisé par un « manque d’intérêt pour le bon fonctionnement de la ville ».

Les villes africaines connaissent la croissance la plus importante de tous les temps, un fait qui laisse très peu de temps aux urbanistes mal armés pour faire face à ce boom démographique, le temps nécessaire à la conception de la ville. Dans ce cadre on aurait gagné à instruire les populations africaines sur les avantages d’un urbanisme bien mené et surtout, les éduquer aux fins d’en faire des urbanistes potentiels. Hélas ! 

 

Des constructions anarchiques sous l’œil des autorités complices

Déterminés à vivre dans les villes, les citoyens ne se posent aucun interdit. Zones réputées dangereuses, habitat insalubre dans l’extrême promiscuité, la situation est dramatique. Le drame est assuré quant à lui par le non-respect des limitations de niveau. Ousmane Sow, malien résident à Bamako et travaillant sur la question indique que « le voisin a une autorisation pour faire 1+1 (rez-chaussée + 1 étage), et il fera 1+4. Il y a beaucoup d’effondrements d’immeubles. Il ne faut pas s’improviser architecte, vous mettez en danger la vie des gens. Et derrière tout ça, il y a l’impunité, le vrai mal de ce pays ». Les autorités en charge de vérifier la conformité des constructions sont-elles absentes ? Pas sûr. Certains individus sans scrupule n’hésitent pas à fermer l’œil sur ces pratiques en échange d’une somme d’argent. Disons-le clairement, la corruption est à la base d’anarchie dans nos villes.

L’installation des populations pauvres dans des régions marécageuses vient enlaidir davantage le tableau. Les 11 et 12 mai dernier à Rabat, de nombreux experts réunis lors du premier forum sur l’habitat, avaient préconisé la construction de nouvelles villes, dessinées selon les exigences du monde actuel. Sauf que la question des moyens reste irrésolue. Les municipalités à qui incombe le devoir de piloter la politique des villes, manquent cruellement de moyens financiers pour mener la lutte contre ce désordre urbain. Mais il faudra bien se rendre à l’évidence que la cacophonie actuelle dans l’urbanisme africain ne peut être autrement résolue. 

 

La moitié de la population africaine dans les villes à l’horizon 2030

Le problème est d’autant plus inquiétant que, plus de 400 millions de personnes sur un milliard d’africains, vivent aujourd’hui en milieu urbain. D’ici 13 ans (2030) plus de 130 millions d’africains vont s’installer dans les villes, portant à plus de 50% la population urbaine. Le continent compte des mégapoles avec plus de 10 millions d’habitants. C’est le cas de Lagos au Nigeria, du Caire en Egypte, de Kinshasa au Congo Démocratique. Plus de douze autres villes comptent une population de plus de 3 millions d’habitants. C’est dire que les villes africaines atteignent déjà la taille des villes telles que Bombay, Rio de Janeiro ou Mexico. A la différence que dans les villes africaines, les prévisions, [évacuation des eaux usées, infrastructures de transport, installations téléphoniques] n’ont pas été prises en compte à la fondation.

Les décharges urbaines continuent de pousser en taille et de polluer la ville. Les quelques décharges couvertes que compte le continent se trouvent dans quelques pays comme le Maroc. Le Rwanda est parvenu certes à faire reculer ce désordre au point de passer aujourd’hui pour un modèle planétaire, mais il reste beaucoup dans le chantier de la lutte contre les déchets en milieu urbain. Certaines rues, avenue, boulevards ont perdu leur éclat à cause des montagnes de déchets qui ne désemplissent ni de jour, ni de nuit. 

 

Une cacophonie qui profite à certains individus sans scrupule

Ces dernières années le m2 de terrain est parti à la hausse. On parle de 1.500 EUR pour l’acquisition d’un m2 dans des villes comme Douala (Cameroun), Abidjan (Côte d’ivoire), de quoi amener les acheteurs à vouloir faire un usage optimal. Dans ce sens une recrudescence de l’habitat informel est à déplorer, avec des constructions dans des zones marécageuses ou sur des parcelles dévolues à l’infrastructure d’Etat de type route, écoles, aire de jeu.

L’Etat doit assurer la vigilance, un fait qui hélas n’existe pas ou qui est piloté par des personnes de moralité douteuse, pour ne pas dire corrompues. Jean-Pierre Elong Mbassi s’est plaint une nouvelle fois de plus de cette situation dramatique et pourtant couverte par un calme et un immobilisme outrageant de la part des autorités des Etats africains. Selon le secrétaire général de la CGLUA, certains individus « adorent le désordre urbain car c’est une spéculation foncière. Ils ne sont pas intéressés au bon fonctionnement de la ville tant qu’ils peuvent obtenir de si hauts rendements, précisément parce que la ville ne fonctionne pas ». 

 

Une poussée urbaine mal préparée à Bamako

L’Afrique au sud du Sahara est encore à la traîne en matière de ville adaptée aux exigences de modernité de notre temps. On parle de 60% de la population urbaine qui vit encore dans les bidonvilles. A côté c’est une croissance de l’ordre de 5,5% que connaissent certaines villes comme Bamako. Avec 1,9 millions d’habitants aujourd’hui, la capitale malienne doit accueillir 1,7 millions de nouveaux arrivant à l’horizon 2030, un boom démographique qui n’est pas géré en amont.

Entre 1960 et 2014, la population africaine a fait une migration très importante vers les villes. Au cours de cette période le taux d’urbanisation s’est multiplié par 5. Avec 29% de personnes vivant dans les zones urbaines, le taux a évolué à 35, 43, 51, 55 et 60 % respectivement en 1971, 1982, 1994, 2004 et 2014. A l’horizon 2034 le taux pourrait être porté à 64%, soit le boom démographique le plus important de tous les continents et de l’histoire du monde. Mais nous sommes au regret de reconnaître que dans ces villes le chaos va s’accentuer bientôt si rien n’est fait.

Dans un récent rapport la banque mondiale indiquait que « Tant que les villes africaines n’auront pas mis en place des marchés fonciers et des réglementations efficaces et procédé à des investissements précoces et coordonnés dans les infrastructures, elles demeureront des villes locales, inaccessibles aux marchés régionaux et mondiaux, tributaires de la production de biens et services échangeables uniquement à l’échelle locale et limitées dans leur croissance économique ». Onésiphore NEMBE/Afrique Progrès Magazine

Onésiphore NEMBE

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