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Isaïe Kubwayo, l'ambassadeur du Burundi au Maroc Isaïe Kubwayo, l'ambassadeur du Burundi au Maroc Copyright © Afrique Progrès Magazine

Interview exclusive avec M. Isaïe Kubwayo, ambassadeur du Burundi au Maroc Spécial

Une semaine après la résolution du Conseil de Sécurité des nations Unies sur l’envoi de corps de police composé de 228 éléments au Burundi, Isaie Kubwayo, Ambassadeur burundais au Royaume du Maroc répond aux questions d’Afrique Progrès Magazine. Entre les raisons qui sous-tendent cette décision absurde à en croire les propos du diplomate et les motifs du refus du gouvernement de son pays et du peuple tout entier, M. Kubwayo ne laisse aucune zone d’ombre.

 

Propos Recueillis par Onésiphore Nembe, Directeur de Publication d’Afrique Progrès Magazine

 

Excellence pourriez-vous nous parler de la situation sécuritaire actuelle dans votre pays ?

D’une manière générale, la situation sécuritaire est bonne sur toute l’étendue du territoire burundais. De l’est à l’ouest, du nord au sud la population, dans sa diversité, toute profession confondue, vaque à ses occupations quotidiennes. Pour preuve, les différentes délégations qui ont visité le Burundi depuis janvier 2016 s’en sont rendu compte. Je citerais celle des 15 du Conseil de Sécurité des NU(21-22/1/2016), de son Secrétaire Général, Ban Ki-Moon(23-24/2/2016), la délégation de haut niveau de l’UA(25-26/2/2016), celle de du Bureau Exécutif de l’EAC, le Facilitateur Benjamin MKAPA désigné par les Chefs ‘Etat de la Communauté Est Africaine, celle de la Commission Paix et Sécurité de l’UA (22-25/6/2016), la liste n’est pas exhaustive. La plupart de ces délégations ont été reçues par le Chef de l’Etat, SE Monsieur Pierre NKURUNZIZA,  en province et non dans la capitale.

COMMUNIQUE DU GOUVERNEMENT A L’ISSUE DE LA VISITE D'UNE DÉLÉGATION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES 

COMMUNIQUE SUR LA VISITE DU CONSEIL DE PAIX ET DE SÉCURITÉ DE L'UA

AU HIGH LEVEL DELEGATION TO BURUNDI CONCLUSION STATEMENT

RAPPORT DE SÉCURITÉ EAC AU BURUNDI JUIN 2016

 

Compte tenu de la résolution 2303 qui vient d’être prise, on a l’impression que le Burundi a besoin d’une force pour le maintien de la paix, que dites-vous à ce propos ?

Le Burundi n’est du tout dans l’impasse. Il y a certes des pays qui voudraient que le Burundi soit le reflet de ce qu’ils veulent qu’il soit. C’est pourquoi le Burundi dont ils parlent dans leurs medias diffère de celui que j’ai décrit au début de l’interview : un pays sous tension à l’extrême pouvant basculer à tout moment en un génocide, où des cadavres jonchent les rues, une jungle pour ainsi dire. La résolution 2303 aurait été pensée pour ce pays-là. Tout compte fait, le fléau du terrorisme étant ce qu’il est de nos jours, le Burundi fait face aux actes sporadiques de terroristes qui malheureusement emportent des victimes innocentes. Des actes déplorables et condamnables auxquels les auteurs doivent répondre au même titre que leurs commanditaires.

 

 

Comment avez-vous  accueilli la nouvelle concernant cette résolution 2303 ?

Avec indignation, consternation et protestation. C’est un coup de massue contre le peuple burundais épris de paix et de démocratie, qui n’a fait autre pêché que celui d’élire ses propres dirigeants. C’est pourquoi dès qu’il a pris connaissance de l’information, il s’est aussitôt levé comme un seul homme dans une manifestation de rejet de la résolution 2303 qui ne fait qu’empiéter sur ses droits civiques et politiques.

Même son de cloche du côté du Gouvernement qui, par un communiqué a porté à la connaissance de la communauté nationale et internationale son désaccord quant à l’envoi des 228 policiers des Nations Unies.

 

COMMUNIQUE DU GOUVERNEMENT SUITE A L’ADOPTION PAR LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DE LA RÉSOLUTION 2303 DU 28 JUILLET 2016 

 

Pourquoi le gouvernement burundais s’est opposé à l’arrivée de cette force de police ?

 

En sa qualité d’organe principal des Nations Unies, le Conseil de Sécurité doit veiller au respect de l’application de la Charte de l’Organisation. En l’espèce ça n’a pas malheureusement été le cas. 1°Le Burundi aurait été au préalable consulté et son consensus donné de façon explicite. 2° la décision prise lui semble anachronique : la situation sécuritaire ne nécessite pas l’intervention d’une force étrangère. 3° Une telle intervention devrait respecter la souveraineté du pays concerné.

 

Dans un autre registre, le Burundi a suivi le déploiement des forces tant onusiennes (MINUAR) que françaises (opérations Amaryllis, opération Turquoise) en 1994, au Rwanda. La conséquence fut le génocide qui s’en est suivi. Au regard d’une situation où un  génocide tant décrié au Burundi mais qui n’a jamais eu lieu, l’envoi de cette police onusienne en serait le détonateur.

 

Sous-entendriez-vous que certains pays essayent de déstabiliser le Burundi ?

Le Burundi n’a que des amis. Rien que pour le cas de cette résolution, M.Jean-Marc AYRAULT, Ministre  français des Affaires Etrangères et du Développement International, dans sa déclaration, parle d’un intense travail de négociation conduit depuis plusieurs mois par la France pour parvenir à un tel résultat. La Belgique ne cache pas sa sympathie aux putschistes et à tous qui ceux qui se déclarent hostiles aux instituions républicaines démocratiquement élues. Le Rwanda recrute des burundais dans les camps des réfugiés (celui de Mahama est souvent cité) forme et encadre des escadrons de la mort pour la déstabilisation du Burundi. Ces faits que je vous énonce ont été illustrés par des rapports.

RAPPORT UN SUR LES RECRUTEMENT DES REBELLES …

RAPPORT REFUGEES INTERNATIONAL SUR LE RECRUTEMENT DES REBELLES 

 

Je terminerai avec cette réflexion en trois points.

1°En matière de sécurité dans le monde aucun pays n’est à l’abri, pas même la France qui a proposé cette résolution pour le Burundi. Charlie Hebdo en passant par le Bataclan à l’assassinat du Père Jacques Hamel, la liste est longue, Il est plutôt urgent pour l’Ambassadeur de France à l’ONU de plaider pour une police onusienne en vue de sécuriser la population française.

2° Les actes que la France a perpétrés en Afrique sont suffisamment connus. Pour nous, il est temps qu’elle s’occupe de ses oignons.

3° Le Gouvernement du Burundi n’acceptera jamais que son peuple soit immolé sur l’autel de la réconciliation de certains pays qui voudraient bien penser les plaies de leur histoire.

Onésiphore NEMBE

Directeur de publication

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