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S.E.M. MOUHAMADOU YOUSSIFOU, Ambassadeur du Cameroun près le Royaume du Maroc. S.E.M. MOUHAMADOU YOUSSIFOU, Ambassadeur du Cameroun près le Royaume du Maroc.

COP22 : une semaine après Marrakech, l’heure est au bilan (Interview) Spécial

Une semaine après la COP 22 de Marrakech, Afrique Progrès Magazine s’est rendu auprès de l’ambassadeur du Cameroun au Royaume du Maroc, S.E.M.   MOUHAMADOU YOUSSIFOU, pour recueillir son avis quant au déroulement du rendez-vous de Marrakech.

Propos recueillis par Onésiphore Nembe

 

Excellence, quel est votre bilan de la COP22 récemment déroulée ?

Grosso modo, moi j'ai eu une très bonne impression. J'ai pu remarquer une grande mobilisation de par le monde, tout le monde se sent concerné par la question du changement climatique, la question de l'environnement, les questions ayant trait à l'environnement. Les participants sont venus de partout dans le monde : des îles Fidji, des coins les plus éloignés comme Kiribati que j'aurais du mal à placer sur la carte, sur le globe. Tous les pays africains ont été représentés. Beaucoup de pays américains, beaucoup des îles étaient là, le Vanuatu, les îles Marshall par exemple étaient là. Et moi je crois que la COP22 c'est une mobilisation planétaire...

 

Pensez-vous que cette COP22 a atteint les objectifs qu'on s'était assignés ?

Le premier objectif c'était d'abord l'entrée en vigueur de l'accord de Paris. Et sur ce plan-là je dois vous dire que les objectifs ont été atteints parce que, à ce jour, 110 Etats sur les 197 signataires ont accédé à l'Accord de Paris. C'est-à-dire ont signé et ont ratifié. L'Accord est entré en vigueur et les 110 Etats représentent 75% des émissions de gaz à effet de serre. Je crois que c'est ça la 1ère réussite. Et maintenant le second volet, on nous disait, la COP22 serait une COP de l'Action. Moi je m'attendais justement que, une fois à Marrakech qu'on nous dise par exemple que telle décision a été prise pour limiter les conséquences des gaz à effet de serre. Telle décision a été prise pour permettre aux Etats victimes de s'adapter aux changements climatiques, le fonds d'adaptation, le fonds pour la résilience, le fonds même pour l'accès aux énergies renouvelables. Mais ça n'a pas été le cas, il n'y a que la France, par la voix de son président de la République M. François Hollande, qui a déclaré qu’elle mettrait à disposition, 5 milliards de dollars, pour la cagnotte du fonds pour l'adaptation qui entend recevoir 100 milliards de dollars d'ici à 2020 et également la France mettra à la disposition des Etats africains 2 milliards de dollars dans le cadre de leur initiative pour les énergies renouvelables. Donc malheureusement force est de constater que les actions fortes qu'on attendait de la part de certains grands pays pollueurs comme les Etats-Unis, la Chine, l'Inde ainsi que le Brésil, on n'a pas eu de très grandes annonces.

Excellence, y a-t-il donc lieu finalement de parler d'un échec compte tenu de ces annonces qui n'ont pas été au rendez-vous ?

Non, on ne peut pas parler d'échec. C'est vrai qu'il n'y a pas eu de grandes annonces déjà l'engouement n'a pas baissé. Vous voyez, je vous ai dit que les participants sont venus de partout la question de changement climatique reste au centre des préoccupations des Etats et même des individus. Donc, on ne peut pas parler d'échec, mais on peut relativiser par rapport aux attentes qu'on avait placées, ça n'a pas du tout été un échec. Je crois que l'engouement est maintenu et je crois qu’on avance. Vous savez c'est un très  gros dossier. On n'avance peut-être pas au rythme qu'on aurait souhaité, mais on avance quand même.

Pensez-vous que le spectre de Donald Trump, le président récemment élu aux Etats-Unis, a pu arrêter les autres pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, la Russie, dans leur élan à mobiliser les fonds ?

Non je ne pense pas. Parce que l'engagement dans tout acte international comme l'accord de Paris, est un engagement souverain. Chaque Etat qui s'engage, s'engage en fonctions des intérêts, de ses convictions, et de ses intérêts propres sans tenir compte de ce que l'autre pense et tout. Vous regardez vos intérêts, ce n’est pas parce que la Chine a signé, ce n’est pas parce que les Etats-Unis ont signé, le Cameroun a signé, ce n’est pas parce que le Congo a signé, non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Chaque Etat se détermine en fonction de ses propres convictions et des intérêts propres. Aujourd'hui, nous avons assisté le 8 novembre dernier à l'élection d'un nouveau président aux Etats-Unis qui apparemment, apparemment souhaiterait revenir sur l'Accord de Paris, mais vous avez entendu dans le discours par exemple la Ministre française de l'environnement Ségolène Royal qui disait que cet accord est irréversible, le fait qu’il soit ratifié par 110 Etats, on ne peut plus le renégocier, vous le prenez ou vous le laisser. C’est vrai les Etats-Unis, c’est un grand pays,  un pays qui compte, c’est même le plus grand pollueur avec la Chine, s’il se retire se serait un grand coup, mais les autres vont continuer. Le spectre de cette élection a influencé, mais pas influencé les travaux, c’est-à-dire les gens se posaient la question de savoir, quel sort les Etats-Unis vont réserver à cet accord ? C’est ce qui a amené la ministre française de l’environnement à dire que cet accord est irréversible, non négociable. On ne peut plus revenir sur les négociations.

 

Excellence quel est aujourd’hui l’avenir des questions climatiques en Afrique ?

L’Afrique c’est le continent victime, on le chante, on le dit, c’est une réalité, le continent africain ne pollue pas grand-chose, tout le continent fait tout juste 5% des émissions de gaz à effet de serre. Mais  malheureusement nous subissons les contrecoups, les effets néfastes avec la désertification, la raréfaction de l’eau potable, la migration climatique parce les gens ne peuvent plus cultiver leurs terres tranquillement, parce qu’il y’a la sècheresse qui s’installe. Pour les pays côtiers africains, il y’a la montée des eaux, il y’a l’érosion côtière, il y’a l’insécurité. Mais  nous prenons de plus en plus conscience de ce que notre survie dépend de notre comportement  vis-à-vis de notre environnement. Chacun à son niveau en tant qu’individu doit faire le geste qui sauve, un geste nécessaire pour l’adaptation. Au niveau collectif, les Etats doivent prendre des mesures pour qu’il y’ait des politiques publiques qui contribuent à la sauvegarde de l’environnement et aussi à la maitrise des changements climatiques, faire en sorte que le réchauffement de la terre passe à -2%. Nous avons des handicaps au niveau des ressources humaines, il faut former les gens. Nous avons aussi besoin d’avoir accès aux technologies adaptées pour faire une meilleure transition vers les énergies propres. On n’a pas le choix, on est obligé de changer notre mode de vie, d’être propre. Le Maroc vient d’interdire les sachets en plastique, chez nous au Cameroun on l’a même fait, mais il faut que ça entre dans les mœurs, il faut éduquer les gens qu’ils arrivent à adopter un comportement environnementalo-compatible. Petit à petit la question climatique prend toute sa place en Afrique.

Quelles actions ont été menées au niveau du Cameroun pour s’arrimer à cet élan d’un monde vert ?

 

Je ne veux pas me substituer au ministre de l’environnement camerounais, mais je peux vous dire qu’Il y’a beaucoup d’actions qui ont été menées, tantôt des actions de persuasion, tantôt des actions punitives s’il faut parler ainsi. J’ai lu dans les journaux et j’ai même constaté parfois que des sanctions ont été prises contre des sociétés qui polluent soit l’atmosphère, qui polluent soit la nappe phréatique, qui déverse donc le produit de leur usine dans la nature. Ils doivent maintenant procéder à un réajustement pour faire en sorte qu’elles traitent les déchets qu’elles rejettent dans la nature. Sur le plan de la déforestation des mesures drastiques ont été prises. Des mesures sont également prises pour la reforestation, l’ANAFOR travaille à la reforestation des zones déboisées et des zones sahéliennes. Le Cameroun a déjà élaboré un document  qui est appelé « Contributions nationales du Cameroun dans le cadre des changements climatiques ». C’est tout ce que je peux dire à mon niveau sans être spécialiste du domaine. J’ajouterais que le gouvernement camerounais a entrepris d’électrifier 350 petites villes à partir de l’énergie solaire, c’est un projet qui est en cours d’étude et qui sera très prochainement mis sur pied, ça c’est l’entretien que j’ai eu avec le ministre de l’énergie. L’énergie que nous consommons au Cameroun est à 80% renouvelable, parce que nous n’utilisons que l’énergie hydroélectrique, il y’a très peu de l’énergie thermique. D’ici quelques années nous allons accéder aussi à l’énergie solaire avec ce projet. 

Onésiphore NEMBE

Directeur de publication

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