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Cérémonie d'investiture du président burundais Pierre Nkurunziza, jeudi le 20/08/2015 Cérémonie d'investiture du président burundais Pierre Nkurunziza, jeudi le 20/08/2015

Burundi : trois difficultés à surmonter dans la mise en place d’un gouvernement d’union nationale Spécial

Analyse proposée par Onesiphore Nembe, expert de la crise burundaise.

La prestation de serment surprise de ce jeudi 20 août étant passée, place aux déclarations fortes de Pierre Nkurunziza. Dans les minutes qui ont suivi sa prise de fonction pour le troisième mandat consécutif, le chef d’Etat a exprimé sa volonté de mettre en place « très rapidement » un gouvernement d’union nationale. Cette idée qui vise à calmer les acteurs de la contestation a-t-elle des chances de réussir aujourd’hui ?

A peine la fonction présidentielle a commencé pour le troisième mandat consécutif, Pierre Nkurunziza exprime son intention de mettre « très rapidement » en place, un gouvernement d’union nationale. Force est de reconnaître qu’en l’état actuel des choses, c’est la seule issue possible à la crise. Sauf que les acteurs de la contestation ne se résoudront probablement pas à discuter avec le chef d’Etat directement. Quand les militants anti-troisième mandat se résoudraient à aller à la table de négociation, il faudra bien la présence des négociateurs étrangers, en l’occurrence les diplomates occidentaux et américains, première option et les chefs d’Etat de la sous région est-africaine, deuxième option.

Yoweri Museveni, chef d’Etat ougandais et médiateur désigné en juillet dernier par la communauté est-africaine, n’ayant jamais trahi ouvertement sa position en faveur ou contre un troisième mandat, sera pour plusieurs militants, l’homme à exclure des négociations pour un gouvernement d’union nationale. Alors que plusieurs diplomates occidentaux se sont prononcés contre un troisième mandat et ont suspendu l’aide au Burundi, ils seront pour la plupart des militants anti-troisième mandat, de vrais intermédiaires dans cette négociation.

Mais les militants anti-troisième mandat voudront-ils négocier ?

Au lendemain de la victoire de Pierre Nkurunziza à la présidentielle du 21 juillet dernier, Frédéric Bamvuginyumvira, président du Front pour la démocratie du Burundi (Frodebu), déclarait que « Nous ne reconnaîtrons pas l'issue de cette élection et les institutions en résultant », un propos qui montre que le Frodebu, parti politique resté longtemps au pouvoir, n’est pas favorable à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Mais fragilisé par les crises internes nées en 2005 de l’exclusion du Dr Jean Minani, Frodebu ne représente plus une force capable d’enrayer le fonctionnement du pays.

D’autres militants en appellent à un gouvernement d’union nationale

Candidat malheureux à la présidentielle passée, Agathon Rwasa, 18,99% contre 69,41% pour Nkurunziza, est favorable à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, ce qui désolidarise l’opposition et augmente quelque peu les chances de réussite des tractations que le chef d’Etat s’apprête à lancer.

Pour Rwasa, un tel gouvernement serait « une sorte de transition », mais le principal opposant préconisait après les résultats de la présidentielle, que ce gouvernement fasse au « maximum une année, pour remettre le pays sur les rails, pour éviter le chaos et la guerre civile ». Il précise en plus que sa « mission principale (sera) de préparer des élections libres et démocratiques ».

Le problème : Nkurunziza voudra garder la main

Nkurunziza qui a réussi à mener en bateau les leaders de cette région est-africaine, au point qu’aujourd’hui, il est maître du jeu au Burundi et les autres acteurs sont obligés d’évoluer dans la clandestinité, avec des actes de guérilla urbaines qui nuisent gravement à leur réputation et diminuent leur caution à travers le monde, voudra garder la main. Quand bien même Nkurunziza accepterait la constitution d’un gouvernement d’union nationale sous l’égide des chefs d’Etat de la sous région et des diplomates occidentaux, rien ne garantit qu’il permettra une composition égalitaire du point de vue des partis politiques en présence et ou des acteurs. On rappelle que le CNDD-FDD a remporté les législatives le 7 juillet passé, avec 77% de voix contre seulement 21% pour la formation politique d’Agathon Rwasa et 2% pour une autre formation politique.

Avec un tel score dans une élection boycottée par une bonne frange des partis politiques, on se demande sur quelles bases le distribution des postes ministériels se fera et cela d’autant plus que certains militants anti-troisième mandat n’appartiennent à aucun de ces trois partis représentés au parlement.

Un avenir obscur au bout du compte

L’intention nourrie par Nkurunziza ce jeudi 20 août 2015 lors de son investiture pour le troisième mandat consécutif, de mettre « très rapidement » un gouvernement d’union nationale est bonne, mais en pratique, beaucoup de difficultés sont à surmonter dans cette voie, et cela tient au fait que le chef d’Etat est en position de force et voudra imposer et pas négocier. Du coup il ne nous reste qu’à souhaiter comme Nkurunziza qu’ « Après ces élections, il y aura une période de paix et de développement au Burundi, et celui qui se mettra en travers de ce projet, qu’il soit burundais ou étranger, verra la main de Dieu ». Onesiphore Nembe. Afrique Progrès Magazine

Onésiphore NEMBE

Directeur de publication

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