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Mustapha BRAKEZ, expert des questions environnementales, DG de SEGU Mustapha BRAKEZ, expert des questions environnementales, DG de SEGU

Mustapha Brakez : Le Directeur de SEGU appelle à un renouveau en matière de gestion des déchets en Afrique Spécial

Dans une Afrique où les décharges sauvages rappellent une situation révolue en Europe depuis le début des années 70, tout est à faire concernant la gestion des déchets, tant dans les milieux urbains que dans les milieux ruraux. Les pouvoirs publics en charge de cette question sont conscients quant aux exigences pressantes, entre autres, celui de migrer vers des décharges contrôlées, avec à la clé une organisation autour de la question des déchets : Déchets ménagers, déchets industriels et même du recyclage.

Faut préciser que l’enjeu autour de cette question des déchets, est pluridimensionnel. Primo ils constituent un réservoir d’emplois et une manne financière pour les moins nantis qui procèdent au tri et à la revalorisation de leur récolte. Secundo : c’est une source d’énergie. Tertio : une prise en main de ce dossier, doublée de mesures adéquates, garantit la santé aux populations. Autant de raisons qui plaident pour un renouveau dans la gestion des déchets en Afrique.

Mustapha Brakez, le directeur de la société d’environnement et de génie urbain (SEGU), s’est largement arrêté sur cette question. Au cours de son interview avec votre mensuel, cet expert marocain qui a fait ses preuves dans le Royaume Chérifien et dans d’autres pays africains tels que, le Sénégal, la Guinée Equatoriale, a appelé à mettre sur pied un ensemble de moyens, dont la loi, pour impulser une nouvelle dynamique concernant la gestion des déchets.

Propos recueillis par Onésiphore NEMBE

Mustapha, compte tenu de l’usage qui est fait aujourd’hui des ordures ménagers et industrielles, qu’est-ce qui peut être considéré comme déchet finalement ?

Juridiquement parlant, on définit le déchet comme un objet ou un produit dont le détenteur se défait ou destine à l'abandon. Donc, le terme déchet renvoie à une valeur économique nulle voire négative, mais ce qui est déchet pour les uns peut être ressource pour d'autres. Suivant une vision optimiste, c'est une ressource en attente d’utilisation ; sa persistance signifie qu'une innovation, peut-être à notre portée, n'a pas encore eu lieu.

Alors que la plupart des décharges à travers le continent ne sont pas contrôlées, quels dégâts environnementaux et sanitaires cela représente-t-il ? 

Quand elles sont à proximité des villes, en bordure de cours d’eau ou au fond de carrières désaffectés, leurs nuisances sont multiples : pollution, odeurs nauséabondes, incendies, obstruction de canaux, défiguration de paysages ou encore cause de mortalité d’animaux terrestres ou marins…Déposer les déchets à ciel ouvert, en accumulation à l’extérieur des villes n’est plus tenable. Il ne faut pas oublier que cela a été le cas de beaucoup de villes européennes il y a moins de cinquante ans.

Quel est le problème des déchets urbains dans un pays comme le Maroc ?

Comme beaucoup de pays en voie de développement, la gestion des déchets au Maroc apparaît à la fois simple et compliquée : tout le monde pense détenir la solution …Nous sommes dans un contexte de villes à croissance démographique et spatiale non maitrisées, avec l’existence de plusieurs acteurs aux intérêts divers et parfois inconciliables, et différents types de déchets.  La commune d’une part à qui la loi organique confère des responsabilités certaines, mais qui est dépassée par la multitude de déchets qui ne devraient pas être de son ressort tels que les gravats, les déchets industriels et autres déchets spéciaux et d’autre part des gros producteurs de déchets qui, en l’absence de textes clairs utilisent impunément le système communal ou déposent à même le sol en lisière de villes ou de quartiers. Les contraintes financières sont le prétexte pour masquer les problèmes de manque de volonté, de gouvernance et de… civisme bien sûr. 

Mais depuis une quinzaine d’années  Le Maroc s’est engagé, dans un vaste chantier de réformes structurelles en faisant appel massivement au secteur privé auquel  il a délégué la gestion des services de propreté des villes avec des résultats parfois discutables en l’absence de contrôle rigoureux des prestations.

Avez-vous l’impression, eu égard à votre expérience au Maroc et dans d’autres pays du continent tels que la Guinée Equatoriale, que l’Afrique a pris la mesure de l’enjeu économique, énergétique et environnemental autour des déchets ?

Il y a plusieurs vitesses en Afrique et cela a été relevé dans des études par le PDM (Partenariat pour le développement municipal). Trois types de villes prédominent ,  tout d’abord les villes encore sous influence coloniale qui sont les plus propres, avec une gestion privatisée ou déléguée, une pression fiscale importante sur le contribuable ; telles que Johannesburg, Windhoek, Rabat,…, ensuite les villes autrefois prospères et voulant préserver leur image avec un système mécanisé et techniciste et des coûts difficilement supportables comme  Dakar, Abidjan, Yaoundé,…et les autres villes à revenus intermédiaires ou faibles, contraintes d’essayer toutes les solutions : faire, faire-faire, laissez faire,…. Elles sont nombreuses : Cotonou, Ouagadougou, Lomé, Niamey,…

Les grands bailleurs de fonds tels que la Banque Mondiale, la Banque Islamique ou la Banque Africaine de développement ou encore les agences de coopération qu’elles soient américaines européennes, asiatiques investissent beaucoup dans ce domaine en particulier, avec beaucoup d’expertise étrangère à la clé. Mais, à défaut d’adéquation et d’appropriation, les modèles importés, ou exogènes, qu’il s’agisse d’innovations technologiques ou de modèles d’organisation sociale, vont se traduire le plus souvent par « des éléphants blancs ». Il n’y a pas de panacée universelle ou de systèmes prétendus universels dans le domaine de la propreté.

SEGU, une société que vous dirigez, offre une expertise variée sur la question de la gestion des déchets, voulez-vous présenter les services de cette société très connue au Royaume du Maroc ?

SEGU a été pionnière dans les études de gestion des déchets au Maroc d’abord et dans quelques pays africains ensuite. A notre actif l’élaboration de grandes études telles que l’aménagement de la vallée du Bouregreg, l’accompagnement de grandes sociétés dans leurs installations au Maroc telles que Veolia en 1999 à Fès ou Suez à Casablanca en 2003. A partir de 2005 l’assistance technique à la ville de Dakar et en 2009 la supervision de l’ensemble des opérations de propreté des villes de la Guinée Equatoriale.

Ce que j’ai appris c’est qu’au-delà de certains aspects techniques il y a lieu d’ancrer le problème du déchet comme un problème social et pas seulement comme un problème de gestion technique au service des habitants.

Le politique pourra avoir beaucoup à y gagner, dans la mesure où, de plus en plus, les enjeux de la gestion du problème des déchets, se situent sur le terrain politique ou électoral ou au-delà. Il y a des enjeux forts qui dépassent la réponse et l’exercice d’une fonction technique.

Onésiphore NEMBE

Directeur de publication

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