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L’Afrique déterminée à augmenter le volume de son commerce intracontinental Spécial

Réunis à Addis-Abeba du 28 novembre au 2 décembre 2016, dans le cadre de la Semaine Africaine du Commerce, un panel d’acteurs composé du secteur privé, des Ministres, des académiciens ainsi que de la société civile, ont procédé à un diagnostic général de la situation du commerce intra-africain, mettant en évidence les entraves et les avantages que recèle le développement de ces échanges.

Un rapport de la Banque mondiale datant de l’année 2012 confirmait la marche à l’arrière du peloton du continent africain en matière d’échanges intra-africains. Tandis que le volume des échanges intra-asiatiques et intra-européens se situe respectivement aux alentours de 52% et de 68%, le volume des échanges intra-africains arrive à peine à 12%, une situation déplorée par la Commissaire en charge du Commerce et de l’Industrie à la Commission de l’Union Africaine. Pour Mme Fatima Haram Acyl, initiatrice de cette première Semaine africaine du Commerce, « il est urgent de remédier à cette situation ».

Au cours des discussions du vendredi 2 décembre 2016, dernier jour d’une semaine de travaux, de nombreux panélistes ont appelé à développer le transit, régime de facilitation à la base de l’accroissement du volume des échanges entre pays. Sur cette question, il convient de soulever l’absence d’une politique commune, tant au niveau continental qu’au niveau régional. Un certain attachement aux principes de souveraineté nationale pousse les Etats à émettre des règles en fonction de leurs intérêts. « Chaque administration douanière a son propre régime » ont déploré les personnalités présentes à cette Semaine Africaine du Commerce, appelant l’UA à travailler à harmoniser les positions de ses Etats membres, aux fins de ressortir un cadre commun. Les actions de facilitation des échanges, de l’avis de Mme. Fatima Haram Acyl, jumelées avec l’établissement de la Zone de Libre Echange Continentale (ZLEC) permettront de « doubler les chiffres des échanges dans un délai bref». 

 

La douane au cœur de la politique d’accroissement des échanges intra-africains

Pour Moctar Kettani Doucouré « la douane doit être un acteur clé de l’amélioration de l’environnement des affaires ». Ceci implique de facto, d’aller vers la mise en place des règles d’origine simples et partagées afin de supprimer les barrières tarifaires et les barrières non tarifaires. Selon le Directeur Général adjoint des douanes sénégalaises, « l’informatisation et la dématérialisation » doivent être au cœur de cette orientation stratégique.

L’avènement de l’ère des échanges intra-africains passerait aussi par la reconnaissance mutuelle dans la chaîne internationale. M. Doucouré souhaite une attitude de confiance entre les Etats de sorte à diminuer l’ampleur du contrôle à partir du second pays de transit. Difficile d’en arriver là dans un contexte d’insécurité généralisée dans certaines régions du continent. Entre le narcotrafic et les ventes d’armes à ciel ouvert, les challenges à faire face dans la construction d’un cadre commun sont nombreux. Du coup, l’on se demande s’il faudra envisager la présence permanente au départ des produits d’un représentant de chaque Etat en vue d’un contrôle accentué à la base. 

 

Les populations « doivent être formées »

Développer les échanges intra-africains ne peut être efficace qu’avec les infrastructures de transport tels que les chemins de fer, les routes et dans le cadre de pays situés le long de la côte, d’un appareil maritime de rang international. Alors que les entreprises misent de plus en plus sur l’Afrique, soutenant ainsi la dynamique d’émergence du continent, il faudra que le continent mobilise le capital humain nécessaire à son développement. Sur cette question de compétence, Dr. Kunio Mikuriya, Secrétaire Général de l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD), a rappelé au cours de son intervention que « les populations assurent la facilitation du commerce, mais elles doivent être formées ».

La Banque mondiale qui a pris part à ces discussions a annoncé vouloir déployer au niveau des Etats sollicitant, des experts de haut niveau pouvant les accompagner, tant dans la formation que dans la fourniture des analyses rigoureuses en matière de commerce. Ce soutien a pour objectif de permettre aux décideurs africains d’avoir une expertise avant la détermination des lignes directrices du commerce.

Un manque criant d’infrastructures

A l’unanimité les acteurs présents à cette première Semaine Africaine du Commerce ont déploré le manque criant d’infrastructures, préalable sans lequel le commerce intra-africain ne peut être envisagé. Dans certaines régions telles que l’UEMOA, les acteurs du commerce transfrontalier composent avec les difficultés liées aux routes non bitumées. Dans ce cadre les retards de livraison constituent un frein et une cause de non investissement, obligeant de nombreuses entreprises à envisager uniquement le marché local.

Les échanges intra-africains sont envisagés aujourd’hui dans leur globalité et l’implication de tous les acteurs est indispensable. Les barrières du genre devraient elles aussi tomber d’après M. Mikuria, ce qui est le cas au Rwanda. Dans ce pays de la région des grands lacs, 80% du commerce aux frontières est assuré par la gente féminine. Le grand handicap reste lié toutefois aux quantités échangées. Négligeables tout simplement ! Dans leur politique, les pays africains devraient aujourd’hui s’arrimer à la lancée mondiale du transport au moyen des conteneurs tel que mentionné par le Directeur Général Adjoint des douanes sénégalaises. L’urgence de procéder à la conteneurisation des marchandises échangées aux frontières revêt un double intérêt à en croire Moctar Kettani. Il s’agit, primo, d’augmenter les quantités échangées et secundo, de veiller à une meilleure conservation. 

 

Les échanges en sont encore au stade embryonnaire

Force est de constater que dans de nombreux cas les échanges entre pays africains restent limités aux produits primaires. C’est le cas dans la zone CEMAC où le Cameroun est devenu depuis quelques années le pourvoyeur d’aliments aux émirats pétroliers gabonais et équato-guinéen. Il s’agit certes d’échanges, mais qui ne présentent pas un grand apport en termes de valeur ajoutée. Très peu de matières premières traversent la frontière en direction d’un autre pays africain aux fins de transformation peut-on observer. A l’évidence, il faudra aborder la question autrement, avec la mise en place de structures de transformation dans d’autres pays africains.

De Notre envoyé spécial à Addis-Abeba/ Onésiphore Nembe

Onésiphore NEMBE

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