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oeuvre d'un artiste présent ayant opté pour travailler avec les couleurs noire et blanche oeuvre d'un artiste présent ayant opté pour travailler avec les couleurs noire et blanche

Première foire d’art contemporain africain à Marrakech

Après Londres et New York, Marrakech a accueilli 17 galeries internationales qui ont présenté les œuvres de plus de 60 artistes venus du continent africain et de sa diaspora.

Pari réussi pour cet événement artistique conçu et organisé par Touria El Glaoui, déterminée à placer Marrakech sur la carte mondiale de l’art: les galéristes présents à l’Hôtel Mamounia, partenaire de la manifestation, étaient non seulement ravis des ventes réalisées lors de cette première édition, mais aussi de la présence de nombreux collectionneurs et commissaires internationaux, ce qui confirme le positionnement des artistes africains dans l’art contemporain. A titre d’exemple, Nù Barreto originaire de Guinée Bissau, qui vit à Paris, était représenté à la fois par une galerie de Paris et d’Abijdan ; un de ses dessins grand format en rouge s’est vendu à 3000 euros, d’autres œuvres d’artistes se sont vendues entre 15 000 et 25 000 euros voire plus.

L’originalité de l’événement, codifié 1-54 depuis son lancement à Londres en 2003, tient à la diversité des sites qui présentaient les œuvres des artistes originaires d’Afrique, ce qui atteste aussi d’une dynamique de partenariats réussie : des expositions se tenaient soit au MACAAL, le nouveau Musée privé d’Art Contemporain Africain Al-Maaden, soit au Musée Yves Saint Laurent avec les robes-sculptures du couturier marocain Nourreddine Amir, soit au Riad Yima, soit à la galerie Comptoir des Mines ou la Voice Gallery, à Aghmat, à une trentaine de kilomètres de Marrakech.

L’originalité des oeuvres exposées provient d’une créativité libérée de tout diktat, dès lors qu’l s’agit d’expression artistique, du choix des supports, des techniques, des médias, des compositions, des symboliques. Il est à noter également que les artistes ne suivent pas forcément cette mode pratiquée dans l’art contemporain de l’oeuvre  « Sans titre » mais, au contraire, ils marquent souvent un engagement, une conviction, un cri, par l’intitulé de leur œuvre : Safaa Erruas, artiste marocaine, intitule une de ses œuvres de 2017, Territoires Impossibles, ou Soly Cissé, de Dakar, ou encore Kiripi Katembo, originaire de la République Démocratique du Congo, nomme son tableau, réalisé en 2012, Survivre.

Les parcours personnels des artistes sont également très diversifiés entre les diplômés de l’Ecole des Beaux Arts de Kinshasa, des formations en autodidacte ou des études artistiques en Europe. A ce titre, la réflexion de Dimitri Fagbohoun s’articule autour de l’influence de l’art classique africain sur les artistes européens, notamment Picasso. Une démarche adoptée depuis sa création par le Musée de la Fondation Beyeler de Bâle, qui expose des masques africains en regard d’œuvres d’artistes européens contemporains pour souligner cette influence africaine.

Les femmes artistes sont également à l’honneur avec notamment Joanna Choumali originaire de Côte d’ivoire et qui vit à Abidjan, représentée par la galeirie casablancaise, Loft Art Gallery, et dont les œuvres se sont vendues dès le premier jour, ou encore Ana Zulma, une française mariée à un Ivoirien, dont les photographies retravaillées sont encadrées de bois de cocotier. Les femmes sont également source d’inspiration pour bon nombre d’artistes qui leur consacrent, entre autres, des portraits en gros plan, déclinés selon des techniques innovantes comme dans les œuvres de Kyle Meyer, JP Mika.

La foire d’art contemporain africain de Marrakech a eu, dès la première édition, sa version OFF  sous l’intitulé « Marrakech Off the Tracks ». Grâce à l’agence culturelle Little Africa et à l’initiative de sa directrice Jacqueline NGO MPII et aux subventions d’une fondation, un collectif d’artistes a été présent à Marrakech. Ils sont pour la plupart binationaux, venus entre autres de Londres, Paris et Bruxelles mais originaires de la République Démocratique du Congo comme David Katshiunga, qui explore la liberté du noir et blanc dans ses œuvres, ou nés d’un père africain, comme Violaine Le Fur, une plasticienne qui explore les rituels funéraires Bamileke de la terre d’origine de son père à l’ouest du Cameroun ; elle mêle la danse, la photo et la musique à ses performances et souhaite poursuivre son travail artistique par une résidence sur le continent africain. D’autres artistes viennent de Dakar (Aliou Diack), de Lagos, comme le jeune peintre nigérian William Chechet qui a eu quelques soucis de visa avant de rejoindre les autres artistes. Leurs œuvres  étaient exposées au Riad les Yeux Bleus dans la Medina de Marrakech. Dans ce Riad se tenait aussi une rencontre avec Sandra Agbessi, agent artistique, qui a expliqué aux artistes présents l’importance de l’édition, de la transmission et de la diffusion des œuvres, en vue de construire et de développer une carrière d’artiste.

Un Forum, animé par Omar Berrada, accompagnait cette première édition  de la foire d’art contemporain africain. Ce fut fut l’occasion d’une réflexion concernant la démarche des artistes originaires du continent africain intitulée Décolonisez toujours, invitant à désapprendre l’eurocentrisme, en écho aux propos de Thomas Sankara: « Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde ».

La foire d’art contemporain africain de Marrakech a notamment permis de connaitre un artiste de réputation internationale, tel que Ibrahim El Salahi, âgé de 88 ans et originaire du Soudan, exilé à Londres après une période passée en prison à Khartoum. Ses œuvres, exposées au Guggenheim de New York et à la Tate Gallery de Londres, ont ainsi  été présentées pour la première fois en terre africaine. 

Marrakech, par son nouveau Musée d’art Contemporain Africain  et ses galeries, pourrait ainsi devenir la « maison » où les artistes africains, y compris ceux qui vivent au Maroc, s’exprimeraient et s’inscriraient dans la communauté artistique universelle. Rita STIRN

 

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