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Christian Adda, dans son bureau du Centre Culturel Africain. Christian Adda, dans son bureau du Centre Culturel Africain. Copyright © Afrique Progrès Magazine

Christian Adda : un patron au service de la culture africaine Spécial

Après ses études au Maroc, Christian Adda, frais émoulu de l’École nationale de l’industrie minérale, avait l’opportunité de regagner le Bénin, son pays, où l’attendait certainement un bel avenir. Mais, amoureux du Maroc et panafricaniste convaincu, il a choisi d’y rester. Dans cet entretien, Afrique Progrès magazine revient sur son parcours. L’ancien étudiant devenu un entrepreneur avisé et perspicace, retrace les moments clés de sa vie sans détour. Entre business et promotion de la culture africaine, il hume la sérénité des efforts récompensés.

Interview

Monsieur Christian Adda, bonjour. Afrique Progrès Magazine vous remercie pour cette interview que vous lui accordez et qui sera diffusée sur son site : www.afriqueprogres.com. La première question que je vous pose est de savoir pourquoi après vos études, vous avez décidé de rester au Maroc ?

Christian Adda : Bonjour Onésiphore, je suis ravi de vous accueillir au Centre culturel africain. Pour répondre à votre question, pourquoi ai-je choisi de rester au Maroc ? Faire le choix de rester au Maroc est venu naturellement. Je dois d’emblée dire que c’est un choix qui est venu naturellement. En effet, ce choix est lié à une proposition que j’ai eue alors que je n’avais pas encore fini mes études. Et, donc, c’est grâce à cette opportunité que je me suis décidé de rester au Maroc. Car, juste après mes études, on m’avait proposé l’offre de rester, de participer au développement de la société Clean Tech qui est un bureau d’études qui évolue dans le domaine de l’eau, de l’énergie et de l’environnement tout autant que de l’industrie. C’est l’un de mes professeurs qui m’avait offert cette opportunité. Et, donc, tout est parti de là. La première année était une année test qui consistait à voir si je pouvais tenir la barre haute par rapport à ce challenge. Mais, les choses ont connu une évolution fulgurante car, après six mois, j’ai été nommé gérant. 

 

Afrique Progrès Magazine : Vous êtes aujourd’hui le directeur général, et je dois même préciser fondateur, du groupe DSID, une entreprise qui est née il y a environ 8 ans, pouvez-vous nous évoquez comment vous vous y êtes pris et quels sont les challenges auxquels vous avez dû faire face ici dans le royaume du Maroc ?

Christian Adda : DSID groupe a été créé en 2008 et vient d’entamer sa dixième année d’existence. Donc, il y a dix ans en arrière, c’était un bébé, mais aujourd’hui c’est un grand garçon. Le groupe compte deux grands démembrements à savoir DSID Maroc et DSID Bénin, on est en République Centrafricaine et nos activités s’étendent dans des pays comme la Guinée Equatoriale, le Cameroun, le Tchad, le Sénégal et le Cap Vert. Il est donc devenu un bureau d’études, un cabinet conseil et d’ingénierie africain pour affiner mon propos. Aujourd’hui, l’objectif du groupe DSID est d’être une dynamique d’ingénierie africaine et cette dynamique passe par la mise en place d’un réseau d’experts très outillés dont dispose l’Afrique dont la majorité a été formée au Maroc. Et, donc, nous mettons de réseau à la disposition des institutions de nos pays et, aussi et surtout, du secteur privé. Pour ce qui est des challenges, DSID groupe a d’abord commencé par s’insérer dans le marché marocain en nous faisant connaître au Maroc et, ensuite, nous nous sommes intéressés au Marché de l’Afrique subsaharienne en nous déployant d’abord au Cameroun où nous avons pu prendre la température et cela a été une expérience réussie. Après donc cette expérience, nous nous sommes activités dans d’autres pays du continent où nous évoluons depuis dans le domaine de l’eau, de l’énergie et de l’environnement, on fait également des projets clés en mains pour des projets industriels ? 

 

Afrique Progrès Magazine : Pouvez-vous nous donner une idée des réalisations à l’actif de votre groupe ?

Christian Adda : Nous sommes très actifs dans le continent dans notre camp d’action. Nous avons accompagné GuineaLimpea sur des projets industriels en Guinée. Et puis, nous avons participé à des projets industriels ici au Maroc. Actuellement, on travaille sur une galerie marchande de 25 000 mètres carrés au Bénin, une galerie qui peut aller jusqu’à 40 000 milles mètres carrés en extension. Tout ceci fait que nous nous réjouissons d’avoir activement participé à ces projets d’envergure. Je dois également relever que nous avons travaillé avec la Bad en groupement avec une société égyptienne et une autre marocaine pour l’étude de faisabilité de la dorsale transsaharienne de 2500 kilomètres qui connecte le Niger et le Tchad à l’Algérie, au Nigéria, au Cameroun, au Burkina, au Bénin et au Mali. Ce qui est une vraie satisfaction pour nous de participer à ce projet de développement en Afrique, un projet panafricain qui va permettre d’interconnecter des populations, de minimiser les distances entre les pays et de créer des richesses notamment via des emplois qui en résulteront et permettra aussi de lutter contre l’immigration clandestine vers l’Europe en favorisant l’autonomisation des peuples. En peu des mots donc, DSID group s’inscrit dans une logique qui consiste à apporter son ingénierie à l’Afrique en s’efforçant d’œuvrer à son désenclavement via des projets panafricains. 

 

Afrique Progrès Magazine : En suivant votre parcours mais aussi en comptabilisant vos réalisations, on réalise que votre groupe a réussi en un laps de temps à s’imposer. Mais quelles sont les qualités qui vous permettent de hisser ainsi votre groupe ?

Christian Adda : Les qualités d’abord reviennent au savoir-faire du personnel de DSID groupe car sans lui, tout seul, je ne peux rien faire. Et, ensuite, c’est aussi grâce à l’environnement familial. Je me dois de dire que le cadre de vie que m’offre ma petite famille, mon épouse et les enfants, me pousse à la détermination, à prendre des risques nécessaires pour réussir. Et, enfin, il y a la confiance personnelle. Car quand on sait que l’on a derrière soit une équipe dynamique et capable techniquement de relever des défis, ton rôle consiste alors, au-delà de l’apport technique, à faire le marketing, à aller chercher des projets et à faire le recouvrement. Et donc pour me résumer, nos qualités incluent nos clients, le personnel, la famille, c’est l’environnement mais aussi et surtout le Maroc. 

 

Afrique Progrès Magazine : En parlant du Maroc, qu’est-ce que ce pays vous a apporté de part sa situation géographique, sa stabilité politique, dans l’évolution de votre groupe, est-ce qu’être au Maroc a été un facteur favorable ?

Christian Adda : Par rapport à cette question, je dois d’emblée reconnaître qu’être au Maroc a été un facteur très favorable et continue d’ailleurs à l’être car, déjà l’école, j’ai pris l’option de faire ‘’Procédés Industriels’’ qui est un domaine où les ingénieurs se hasardent peu mais dont la demande chez les industriels est très forte dans le continent et le Maroc m’a aidé à m’épanouir, notamment en travaillant ici car si j’étais aussitôt rentré chez moi, je n’aurais certainement pas eu toutes les expériences que j’ai connues. J’ai été bien formé académiquement parlant dans ce pays et ensuite professionnellement. Et, depuis lors, toute l’expertise que j’ai acquise me permet de transférer des connaissances vers le reste du continent. L’avantage est que le contexte culturel est pratiquement le même et en termes des réalités actuelles, le Maroc est en avance d’au moins cinq ans sur bien des pays africains et je demeure convaincu que d’ici cinq ans les autres pays arriveront à ce niveau. Ainsi donc, j’ai beaucoup plus d’expérience qui servira le moment venu. Le Maroc, en ce sens, m’a donc servi de laboratoire pour puiser la connaissance, le savoir-faire et le comment faire qui m’ont permis d’aller ensuite proposer aux autres pays avec les avantages et inconvénients de tel ou tel autre choix et surtout les adapter. Ainsi j’insiste que ce n’est nullement du copier-coller mais plutôt une riche connaissance qui permet de bien orienter les autres pays en tenant compte de ce qui se fait ailleurs afin de réussir et d’optimiser ce que l’on veut entreprendre. 

 

Afrique Progrès Magazine : En dehors de vos activités de manager, il y a 7 ans, vous avez également créé le centre culturel africain, premier centre dans le Maghreb à s’occuper de la culture africaine dans sa globalité, quelle l’idée derrière ce centre ? Est-ce qu’il s’agit de fédérer tous les acteurs culturels africains ou de promouvoir la culture africaine au Maroc ?

Christian Adda : L’idée derrière le Centre culturel africain est venue en 2008, six mois après la création de DSID group, et il s’est agi de créer quelque chose pour repousser l’ignorance et la méfiance. Et, donc, là-dessus, tout a commencé lorsque j’ai créé la chambre de commerce du Bénin au Maroc et que j’ai voulais ensuite créer une fédération des chambres de commerce africaine au Maroc qui devait également promouvoir le volet culturel africain. C’est ainsi que je suis allé voir mon ami Olivier Sonkeng sur cette idée de fédération des chambres de commerce et, c’est donc lui, qui a suggéré que nous débaptisions la structure en Centre culturel africain. C’est donc dans ce contexte que nous sommes allés faire faire les papiers et avons démarré le Centre culturel africain. Ainsi, l’objectif était surtout de repousser l’ignorance et la méfiance et, ensuite, on a associé Odile, qui était associée d’Olivier, et moi j’ai mis à contribution mon épouse qui a été la première coordinatrice du Centre culturel africain et c’est donc elle qui était la cheville ouvrière de l’organisation car nous autres nous étions souvent très pris à gérer nos affaires. 

 

Afrique Progrès Magazine : Aujourd’hui, 8 ans après, êtes-vous satisfait de la progression du Centre ?

Christian Adda : Vous savez, au niveau de tout projet il y a des obstacles, il y a des contraintes, mais il ne faut jamais baisser les bars. On a un objectif, c’est de promouvoir la culture africaine, c’est de repousser l’ignorance et la méfiance, c’est de rapprocher les gens, c’est de créer un espace d’échanges, c’est aussi de créer des ponts entre nos pays et le Maroc parce que c’est beaucoup plus facile de partager la culture, de partager une chanson. Et, à partir de là, on peut démarrer autre chose : on peut faire le business, on peut démarrer des projets communs, on peut éduquer, on peut créer un laboratoire etc. je veux dire que c’est un tremplin qui permet de réunir des idées et des projets en commun. A ce sujet, je dois avouer que le centre culturel africain nous a permis de comprendre et de réaffirmer que si c’était à refaire, nous le ferions de la même façon. Il faut aussi dire que si nous nous sommes mobilisés pour ces projets, cela ne veut pas dire que c’est un projet propre à Christian Adda, d’Olivier Sonkeng ou d’Odille mais on veut que ce soit un projet continental, un projet marocain à travers la diversité culturelle que nous avons. C’est un gisement énorme qui, à mon humble avis, n’est pas assez exploité, assez mise en valeur. Il y a encore un chemin à parcourir, des efforts à fournir pour pouvoir lui donner le sens et le poids qu’il doit avoir. Ainsi nous invitons les autorités d’ici et d’ailleurs à appuyer ce projet. 

 

Afrique Progrès Magazine : Depuis le lancement de la nouvelle politique de migration, nous observons que le Centre culturel africain est devenu un acteur important dans le processus de régularisation, comment vivez-vous cette situation ?

Christian Adda : Pour nous, dire que l’on est un acteur essentiel dans le processus de régularisation, c’est un peux excessif. Mais, nous ce que nous apportons, c’est l’orientation en tant qu’agent culturel. Et, donc, par rapport à ce processus, en notre qualité de force de proposition faisant dans la culture, nous avons fait comprendre aux autorités marocaines que l’on ne pouvait faire dans la régularisation et des migrants sans inclure la culture de ces gens là. Ainsi, nous sommes là pour donner l’impulsion à l’aspect culturel qui est une dimension capitale susceptible d’aider à résoudre des problèmes s’ils existent, pour faciliter le dialogue, les échanges, créer des plateformes, de dispenser des formations mais, comme je l’ai dit ci-haut, notre rôle consiste plus à orienter et à communiquer à travers Kulturemozaik ; on communique sur tout ce qui se fait en termes de culture, de migration et de développement, trois volets qui sont essentiels pour le continent. Et, cela nous intéresse et nous jugeons que par rapport à toutes ces orientations royales au Maroc, il serait maladroit que le centre culturel africain ne puisse pas apporter son expertise culturelle pour pouvoir appuyer toutes ces orientations qui sont inédites dans le continent et nous nous évertuons à faciliter les choses en nous impliquant sans réserve. 

 

Afrique Progrès Magazine : Ma dernière question est celle de savoir, si vous aviez une orientation ou un conseil à donner aux jeunes africains et aux jeunes africains qui vivent au Maroc, que leur diriez-vous pour réussir et surtout ici dans la vie et surtout ici au Maroc car vous êtes aujourd’hui un modèle?

Christian Adda : Le message est très simple. On est dans un pays des droits. Il y a des lois, il y a des conventions bilatérales et multilatérales, il y a certaines réglementations et législations dans ce pays. J’appelle ainsi tous les subsahariens, j’invite les noirs - pour employer ce terme plus approprié - à être respectueux des règles établies de ce pays. Le Maroc a tendu la main à nos pays à deux reprises. La première fois pour former les élites dont je fais partie et la deuxième fois pour intégrer ceux qui, au départ, voulaient transiter pour aller de l’autre côté et qui ont dû faire face à des difficultés. Le Maroc a donc offert à ces derniers la possibilité de s’installer et d’apprendre un métier s’ils le souhaitent afin que, en rentrant chez eux, ils puissent s’assumer et apporter leur contribution au développement de leurs pays. Ce qui est intéressant est que le Maroc vient juste de réintégrer l’Union africaine et s’est vu confier la question migratoire au sein de l’organisation régionale. Aux jeunes africains qui vivent ici, je conseille de travailler ardûment et de ne jamais perdre espoir quelque soit la situation. Et, pour ce faire, il faut que chacun se focalise sur ce qu’il sait et peux mieux faire. Aller ailleurs n’est une solution que si les conditions de réussite sont garanties. Faisons donc confiance en nous-mêmes et profitons du cadre actuel qui nous permet d’avoir des papiers. 

Propos recueillis par O. Nembe

Onésiphore NEMBE

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