All for Joomla All for Webmasters
 
Martin Luther King, apôtre de la non-violence, Prix Nobel de la Paix en 1964, est tué par balles d’un assassin alors qu’il parlait à un groupe d’amis sur le balcon du motel Memphis aux Etats Unis d’Amérique, le 04 avril 1968 Martin Luther King, apôtre de la non-violence, Prix Nobel de la Paix en 1964, est tué par balles d’un assassin alors qu’il parlait à un groupe d’amis sur le balcon du motel Memphis aux Etats Unis d’Amérique, le 04 avril 1968

Martin Luther King : Que retenir 50 ans après sa disparition ? Spécial

Voici ce qu’il a recommandé : «  Si vous voulez dire que j’étais un tambour-major, dites que j’étais le tambour-major de la justice ; dites que j’étais le tambour-major de la paix, dites que j’étais le tambour-major du bon droit. Et tout le reste, tout ce qui est superficiel, ne comptera pas. » Agé de 39 ans, Martin Luther King, apôtre de la non-violence, Prix Nobel de la Paix en 1964, est tué par balles d’un assassin alors qu’il parlait à un groupe d’amis sur le balcon du motel Memphis aux Etats Unis d’Amérique, le 04 avril 1968. 1968-2018, cela fait précisément 50 ans que nous a quitté, Michael Luther King, légataire de la trinité Justice-Paix-Bon droit, valeurs dont le monde entier en est mendiant en ce XXIème siècle.

 

Il apparait donc évident qu’il ne s’est pas inscrit à l’église par un élan de foi

 Né le 15 janvier 1929 au foyer de la famille Williams/King à l’Avenue Auburn à Atlanta. Celui qui va prendre ultérieurement, comme son père,  le prénom de Martin, était un Pasteur noir né et grandit dans la religion : « J’étais évidemment religieux. J’ai été élevé dans la religion. Mon père est pasteur, mon grand-père était pasteur, mon arrière-grand-père était pasteur, mon frère unique est pasteur, le frère de mon père est pasteur. Je n’avais donc pas le choix ».

Marié à la pédagogue et chanteuse Coretta Scott en juin 1953 et père de quatre enfants, Martin Luther King Junior a publié quelques ouvrages notamment «  Martin Luther King la force d’aimer » et de nombreux articles.

Si King n’avait pas d’autre choix que d’être Pasteur, tout  commence un dimanche matin, alors qu’il n’a que cinq ans, quand un évangéliste est arrivé à leur école du dimanche (service religieux où sont accueillis les enfants des fidèles généralement protestants) pour leur parler du salut et, après une courte allocution sur ce thème, il a invité ceux qui le souhaiteraient à s’inscrire à l’église. Sa sœur a été la toute première à le faire ce matin-la et, en la voyant, il  s’est dit qu’il ne voulait pas la laisser prendre les devants, de sorte qu’il a été le suivant. Il apparait donc évident qu’il ne s’est pas inscrit à l’église par un élan de foi, mais pour un désir enfantin de ne pas être devancé par sa sœur.

Les leçons que l’on enseignait à l’école du dimanche où persévérait le petit King s’inscrivaient dans le droit fil du fondamentalisme. Les Professeurs ne doutaient jamais de l’infaillibilité des Ecritures. La plupart d’entre eux manquaient d’instruction et n’avaient jamais entendu parler de la critique biblique. King acceptait alors ces enseignements tel qu’ils lui étaient dispensés sans  jamais éprouver le besoin d’en douter jusqu’à sa douzième année. A treize ans, il a scandalisé sa classe en rejetant l’idée de la résurrection corporelle de Jésus. Les doutes avaient commencé à surgir implacablement dans l’esprit du futur Pasteur.

Deux événements survenus à la fin de son enfance et au début de son adolescence vont influer sur son développement

Deux événements survenus à la fin de son enfance et au début de son adolescence vont influer sur son développement. Le premier, c’est la mort de sa grand-mère à laquelle il était trop attaché dont la chaleur inextensible l’a poussé à croire à l’immortalité de la personne.  Le second, c’est la rupture brusque et radicale de l’amitié avec son ami blanc de l’école du dimanche, tous deux âgés de six, se sentant toujours libres de jouer ensemble, lorsque ce dernier lui a annoncé que son père lui avait demandé de ne plus jouer avec lui. Ce choc va contraindre le petit King à se rabattre auprès de ses parents à la recherche des raisons mystérieuses de cette déclaration : King va tristement prendre conscience du problème racial.

Comment pouvais-je aimer une race de gens qui me haïssent …?

 En écoutant ses parents évoquer certaines des tragédies qu’avait entrainées ce problème et les humiliations qu’ils avaient dû subir eux-mêmes, il s’est senti fortement bouleversé et a pris la résolution de haïr toutes personne blanche malgré l’insistance de ses parents à lui rappeler que son devoir de chrétien était de les aimer. «  Comment pouvais-je aimer une race de gens qui me haïssent et qui étaient responsables de ma rupture avec l’un de mes meilleurs ami d’enfance ? » King avait toujours éprouvé du ressentiment envers le système de la ségrégation et il sentait que c’était une grave injustice.

Un jour, lors d’une expédition dans un magasin de chaussures du centre ville avec son père, un jeune vendeur blanc est venu leur murmurer poliment « Je m’occuperai de vous avec plaisir si vous voulez bien vous asseoir sur ces sièges à l’arrière. »

Se trouvant un jour dans un autre magasin du centre-ville à Atlanta, il reçu soudainement une gifle accompagnée de la voix d’une dame blanche« C’est toi le Noir qui m’a marché sur le pied ».

Martin Luther King Junior a été témoin des tragédies injustes dont les Noirs étaient les victimes devant les tribunaux. Le Ku Klux Klan, cette Organisation basée sur la suprématie blanche recourait alors à la violence pour maintenir la ségrégation et faire en sorte que le Noir reste à sa place.

 Alors qu’il avait quatorze ans, King est allé d’Atlanta à Dunlin, en Géorgie, en compagnie de Mrs Bradley un de ses professeur pour participer à un concours d’éloquence qu’il réussira à remporter. Par une curieuse ironie du sort, son sujet était : « Le Noir et la Constitution ». Pour rentrer à Atlanta, quelques passagers blancs sont montés à bord, et le chauffeur blanc leur demanda de se lever et de céder leurs sièges aux Blancs. Voulant résister, Mrs Bradley lui pressa de se lever et de céder son siège par respect à la loi.

King a grandi non seulement dans l’horreur de la ségrégation, mais aussi de l’oppression et des actes barbares qu’elle entrainait dans son sillage.

 King va développer la conviction que le refus de coopérer avec le mal est une obligation morale

A Quinze ans, King entre au collège Universitaire Morehouse. Les Professeurs n’étaient pas à la merci des subventions de l’Etat et pouvaient aborder tous les sujets de leur choix avec une grande liberté intellectuelle. La question raciale y était abordée scientifiquement et discutée rationnellement sans complaisance. Lors de son entrée  à Morehouse en 1944, King s’intéressait déjà particulièrement à la justice raciale et économique. Il sera initié pour la première fois à la résistance passive en lisant l’essai de Henry David Thorea intitulé : La désobéissance civile : du devoir de désobéissance civique  qui présente un courageux habitant de la Nouvelle-Angleterre qui avait refusé de payer ses impôts et préféré aller en prison pour ne pas avoir à subventionner une guerre susceptible de propager l’esclavage au Mexique. Fasciné par l’idée de refuser toute coopération avec un régime pervers, King va développer la conviction que le refus de coopérer avec le mal est une obligation morale.

 A la fin de son adolescence, il a travaillé dans une usine qui employait à la fois des Noirs et des Blancs. Il eu l’occasion de comprendre que le Blanc pauvre était exploité tout autant que le Noir. Toutes ces expériences précoces l’ont rendues profondément sensible aux diverses formes que prend l’injustice dans nos sociétés.

« ..J’éprouvais un sentiment de responsabilité auquel je ne pouvais me soustraire…»

L’influence que la vie familiale a exercée sur Luther King a crée en lui un profond besoin de servir l’humanité mais sans avoir envie de devenir Pasteur. Il voulait se rendre utile comme Avocat ou Médecin. Car, de plus en plus, King observait le fossé qui se creusait entre ce qu’il avait étudié à l’école du Dimanche et ce qu’il apprenait à l’Université. Les études supérieures vont faire naître en lui de nombreux doutes dans son esprit et c’est au cours de cette période qu’il va se libérer des chaines du fondamentalisme. Devenu plus sceptique, il n’arrivait pas à voir comment beaucoup de faits révélés par la science pouvaient se concilier avec la religion. « Je me révoltais aussi contre l’émotivité religieuse des Noirs, leurs cris et leurs trépignements. Je ne comprenais pas ces comportements et ils me gênaient. Je dis souvent que si nous, c’est-à-dire notre peuple, avions autant de religion dans nos cœurs et dans nos âmes que nous en avons dans nos jambes et dans nos pieds, nous pourrions changer le monde. » Au début du 20ème siècle, sera fondée la Natioanal Association for the Advancement of Colored People (NAACP) dont King est un des membres fondateurs.

King avait été élevé dans la religion et en savait long sur la question. Mais, il se demandait si la religion pouvait servir de véhicule à une réflexion moderne, si elle pouvait ou non être digne d’un certain respect intellectuel tout en demeurant satisfaisante sur le plan émotionnel.

Longtemps dans l’embarras, «...J’éprouvais un sentiment de responsabilité auquel je ne pouvais me soustraire…». Face à ces intempéries, King décide de s’inscrire à un cours sur la Bible et sera ordonné Pasteur en 1954 dans une église baptiste de Montgomery, dans l’Alabama.

Etant parfaitement au courant du mal inhérent à la société à savoir des stéréotypes que les Blancs appliquaient aux Noirs et selon lesquels ceux-ci sont toujours en retard, sales et désordonnés, King se plonge dans l’étude des théories sociales et éthiques des grands penseurs  notamment Platon, Aristote, Rousseau, Hohhes, Bentham, Mill , Locke. Et surtout Reinhold Niebur. Mais, le livre de Walter Rauschenbush intutulé Christianity and the Social Crisis, qui  fournit une base théologique aux préoccupations sociales, va définitivement façonner la pensée de King, même comme il n’était pas d’accord avec l’auteur sur certains points. King était persuadé d’une chose : « Toute religion avide de s’intéresser aux âmes des hommes sans accorder une importance égale aux taudis qui en font des damnés, aux facteurs économiques qui les étranglent, et aux conditions sociales qui les rendent invalides, est une religion moribonde sur le plan spirituel, en attendant le moment où elle sera enterrée ; Une religion qui finit avec l’individu trouve sa fin ».

A partir de là, King commence à prendre part active au règlement des problèmes sociaux qui se posent, par exemple, la sensibilisation des membres de la paroisse d’Ebenezer à s’inscrire sur les listes électorales et à organiser des réunions populaires pour discuter des questions d’intérêt général. Il va organiser un Comité d’action sociale et politique chargé d’informer les fidèles sur l’évolution de la situation sociale, politique et économique. Deux membres dudit Comité : JO Ann Robinson et Rufus Lewis ont été les premiers à jouer un rôle prédominant dans le boycottage des autobus qui avait mobilisé la force de la communauté noire à Montgomery.

 Le leader de la lutte non-violente

Le 1er décembre 1955 à Montgomery, Rosa Park refuse de céder sa place à un blanc dans un autobus et se fait interpeller par la police. Et dans de nombreux domaines, la ségrégation reste la règle. C’est pour refuser cet état de fait, que les personnalités noires de Montgomery lancent un appel au boycott de la compagnie de bus de la ville. Ce même jour, le soir, King crée une Organisation nationale : la SCLC (Conférence des Leaders Chrétiens du Sud). Le boycott va connaitre un succès malgré les intimidations concentrées sur King notamment l’attentat contre son domicile, l’emprisonnement. Résultat : La cour suprême donne tort à la compagnie de bus. King se jette alors dans la lutte pour les droits civiques sur la base des principes de la non-violence hérités de Gandhi en Inde, où il rencontre Nerhu.

King devient le leader de la lutte non-violente et décide d’étendre à l’ensemble du pays sa lutte non-violente pour les droits civiques des noirs. Les actions se multiplient dans les Etats-Unis : Mouvement des étudiants en 1960, campagne de Birmingham en 1963, etc. Le Pasteur va subir des attaques, une accusation de fraude fiscale, une tentative d’assassinat et plusieurs séjours derrière les barreaux. Mais, face à la prison, il sera soutenu par Kennedy pour être libéré en 1963.

Le 23 aout 1963, King est à la tête de la marche sur Washington pour le travail et la liberté. Devant 250 000 personnes, il prononce son célèbre discours connu sous le nom « I have a dream » (« je fais un rêve »). Par ce discours, King appelle de ses vœux un pays où chacun partagera les mêmes droits dans la justice et la paix. Il sera ensuite reçu par John Fitzgeral Kennedy, Willy Brandt et le Pape Paul VI. En 1964, il reçoit le Prix Nobel de Paix. En 1965, il est aux côtés du Président Johnson lorsque celui-ci signe le « Voting Rigths Act » qui garantit l’égalité civique. Il est désormais une grande figure de l’histoire de l’humanité.

Mais l’influence de King commençait à s’effriter avec notamment l’assassinat de Kennedy perçu comme défenseur des noirs, et l’audience que prenaient les idées de Malcolm X. Martin Luther King Junior paraitra quelque peu en retrait. Il sera impuissant aux émeutes de Watt à Los Angeles. Le célèbre pasteur noir sera assassiné sur le balcon de sa chambre d’hôtel à Memphis le 4 avril 1968. Mais, ce qui vaut à King sa renommée mondiale, c’est  l’esprit qui animait son action et la méthode qu’il mettait en œuvre.

S’inspirant de sa pensée et son action, voici ce qui ressort de l’allocution prononcée par le Président Bill Clinton à l’Université Howard de Washington, le 18 janvier 1993 : « …Dans le cadre de mes nouvelles responsabilités qui me sont imparties, je m’efforcerai de suivre l’exemple stimulant de Martin Luther King et sa foi,.. », « Il a été maître de bien des façons. Il nous a appris la souffrance et la promesse…Il nous a appris enfin le sacrifice, qu’il nous faut accepter pour que notre pays reparte et progresse. Martin Luther King, lui, n’a jamais perdu de courage… », « Maintenant, …nous devons nous rappeler, avec le grand leader des droits civiques, que nous avons beaucoup de travail à accomplir, de redoubles obstacles à surmonter et pas une journée à perdre. ».

            Voilà aussi le reflet  d’un type d’engagement que les peuples du monde, notamment les africains peuvent prendre, face au chapelet de défis et d’enjeux qui particularisent nos sociétés en ce 21ème siècle. Tout comme Malcolm X dont les idées étaient plus radicales et dont les circonstances n’ont pas joué en faveur d’une plus grande visibilité sur le tableau des grandes figures qui ont marqué l’histoire des libertés et de l’éthique sociale, « Nous qui ne durons pas, accomplissons les œuvres qui durent. » Car, « Ce n’est pas l’histoire qui tue, ce ne sont pas les religions qui violent les femmes, ce n’est pas la pureté du sang qui détruit les bâtiments et les Institutions ne connaissent pas l’échec. Seuls les individus se livrent à de tels actes. »

 

SONGUE François Silvère, Historien, Diplomate, Ecrivain et Chercheur

 

Sources :

Martin Luther King la force d’aimer, Casterman, Edition française, Paris, 1964 ;

Martin Luther King la seule révolution, Casterman, Edition française, Paris, 1968 ;

Clayborne Carson, Martin Luther King Autobiographie, Bayard Editions, Paris, 2000 ;

https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Luther_King . Consulté le 02 janvier 2018

 

 

SONGUE François Silvère

Historien, Diplomate en service au Ministère des Relations Extérieures du Cameroun (MINREX), Ecrivain, Chercheur, Expert en matière de paix, de sécurité et de développement durable, Diplômé de l’Institut Camerounais des Relations Internationales (IRIC), formé à l’Académie Marocaine des Etudes Diplomatiques (AMED).

Éléments similaires (par tag)

Laissez un commentaire