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Charlotte Libog (au milieu) Charlotte Libog (au milieu)

Charlotte LIBOG : « Oui, l’Afrique grenier a le potentiel pour devenir le grenier du monde » (Interview) Spécial

Face au défi de nourrir ses populations, l’Afrique semble bien incapable de réussir cet exploit. Le riz, importé en quantité industrielle, reste le principal aliment dans l’assiette d’une bonne quantité des populations du continent. Les engagements pris à Maputo en Mozambique, lesquels invitent l’ensemble des pays africains à mettre 10% de leur budget dans la production agricole restent lettre morte. Dans tout ceci le retour de nombreux pays auprès des bailleurs de fonds internationaux, fait qui présente l’incidence logique du retour des mesures d’ajustement structurels, ne prévient pas d’un changement de paradigme dans l’agriculture africaine. Tout semble alors perdu ou presque. Pourtant comme un cri, les appels à une meilleure prise en compte du secteur agricole se multiplient. Après Akinwumi Adesina, le nouveau patron de la BAD qui a mis une enveloppe importante dans le financement du secteur agricole, 24 milliards de dollars, Charlotte LIBOG, fondatrice de la plateforme « Afrique Grenier du Monde (AGM) » s’est exprimée dans une interview donnée au Magazine Afrique Progrès en marge du Forum AITEX qui s’est achevé dans la capitale économique marocaine le 29 septembre dernier.

L’Afrique dispose-t-elle aujourd’hui du potentiel nécessaire pour devenir le grenier du monde ?

C’est justement parce que l’Afrique a ce potentiel immense, énorme et incommensurable, qu’elle est ce grenier. C’est cependant une réalité qui reste virtuelle aujourd’hui. C’est une Afrique qui a aujourd’hui plus de la moitié de terres arables qui a également un potentiel hydraulique largement inexploité et qui a enfin les hommes du fait de la croissance démographique sans précédente que nous observons sur le continent à l’heure actuelle. 

 

Quelle est la situation actuelle de l’agriculture africaine ?

On peut parler d’un constat amère, celui de l’Afrique qui malgré cet énorme potentiel reste largement dépendante de l’extérieur pour assurer sa sécurité alimentaire ce qui nous amène à dire effectivement que c’est une agriculture africaine en péril, c’est une agriculture qu’il faut reconstruire. C’est une agriculture dans laquelle il faut intégrer de nouveaux modes, de nouveaux process, il faut bâtir avec de nouveaux instruments, le numérique en fait partie, l’agroécologie en fait partie, le rôle clé de la formation est aussi à prendre en compte ainsi que le rôle clé des femmes et des jeunes et enfin il faut l’adoption des solutions structurelles pour justement réussir ce défi agroindustriel. 

 

Quel a été le défi majeur dans l’élaboration de la plateforme Afrique Grenier du Monde?

Le défi majeur a été de pouvoir trouver le bon axe pour pouvoir agir de manière efficace. Parce qu’on peut parler d’un réel sinistre en ce qui concerne notre agriculture en Afrique. C’est vrai que d’un côté on a cet immense potentiel et de l’autre on a un secteur qui a été à un moment donné abandonné de tous. Et puis, nous avons toujours les accords de Maputo qui n’ont toujours pas été honorés, nos Etats ont pris l’engagement de mettre 10% de leur budget nationaux au service de la relance de nos agricultures, plus de dix ans après ce n’est toujours pas le cas. On a un secteur privé qui a abandonné le secteur agricole parce que pas du tout rentable et pas du tout rentable parce que nous sommes dans un contexte international de libéralisation des prix au niveau alimentaire ce qui génère une autre réalité qui est celle d’avoir sur le marché les produits alimentaires africains qui ne sont pas toujours compétitifs. Parce que ceux qui viennent de l’extérieur sont soit subventionnés soit mieux traités. Donc le challenge est énorme. A côté de ça on peut parler aussi des effets que nous avons eus avec les fameux plans d’ajustement structurels qui ont amené à un réel abandon des petits producteurs, de la paysannerie. Dans les pays comme le Cameroun les petits producteurs étaient encadrés. Il y avait des coopératives étatiques qui étaient chargées d’œuvrer pour le renforcement des capacités des petits producteurs. Du jour au lendemain tout a été supprimé et ces derniers se sont retrouvés abandonnés à eux-mêmes. Il faut reconstruire aujourd’hui à tous les niveaux, donc pour nous la difficulté majeure a été de trouver le bon axe et on a fini par le trouver tout simplement en partant de ma propre expérience d’entrepreneur agricole qui est animé par le souhait d’agir. Au départ j’ai dû me lancer dans la production de cultures vivrières et j’ai eu une mésaventure en ce qui concerne l’agriculture du foncier, je n’ai jamais eu le foncier mais j’ai laissé l’argent bien entendu. Ceci m’a amené à créer la plateforme et à mener des recherches bien entendu qui aujourd’hui nous ont orientées vers la cible clé que constitue le secteur privé. Donc en tant qu’entrepreneur, partager mon expérience avec d’autres entrepreneurs et ensemble élaborer toutes les solutions qui nous permettent de mettre nos compétences, notre expertise au service de cette agriculture. Donc aujourd’hui AGM est un outil qui informe, qui sensibilise, qui accompagne l’entrepreneur et qui plaide auprès de diverses autorités institutionnelles et politiques pour l’adoption de mesures culturelles favorables au défi agricole en Afrique. Propos recueillis par Onésiphore NEMBE

Onésiphore NEMBE

Directeur de publication

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